© aprim

Profession « coordonnateur »

Ils construisent et déploient la programmation au sein des établissements pénitentiaires. En Normandie, huit coordonnateurs de l’action culturelle (six femmes, deux hommes) sont les artisans du programme.
Karine Vernière, directrice du SPIP (Service d’insertion et de probation) du Calvados en brosse le portrait.

 

À quoi servent ces coordonnateurs culturels en milieu  pénitentiaire ?

Avec les SPIP et les chefs d’établissement, ils conçoivent et mettent en place la programmation culturelle au sein de la prison. Il y a toute la dimension liée aux bibliothèques, à laquelle s’ajoutent tous types d’actions, pour répondre aux besoins des détenus.

Ils sont le pivot du dispositif Culture-Justice, au plus près des détenus. Dans les coursives, dans les cours de promenade, à la bibliothèque… Ils sont aussi ceux qui accueillent les intervenants extérieurs, les rassurent. Ils permettent la rencontre entre plusieurs mondes.

 

Quel est leur profil et comment sont-ils formés ?

Ils sont dans les réseaux culturels et ont su intégrer les codes du monde pénitentiaire, où les questions de sécurité et d’organisation sont importantes. Ils savent s’adapter et ont bien compris le rôle de la culture pour l’insertion. Ils sont créatifs et ne se laissent pas absorber par la culture du monde pénitentiaire. Ils sont un peu magiciens. (Sourire.)

Ils se forment sur le terrain. L’administration pénitentiaire fait attention à bien les préparer, en expliquant les spécificités des établissements, leur fonctionnement, les contraintes, les interlocuteurs. Ensuite, chacun s’acclimate. Chaque coordonnateur doit pouvoir s’appuyer sur nous à tout moment. Il ne doit pas se sentir seul dans un univers qui reste complexe.

 

Quel est le bilan de leur action ?

On ne pourrait plus s’en passer. Avec eux, la culture en prison a fait un bond assez prodigieux. Leur impact sur les parcours de vie de nombreux détenus le prouve. J’ai longtemps été directrice de prison, je sais l’impact de la lecture, du théâtre, et de tous les supports qui apportent une forme d’ouverture. La culture, c’est la rencontre, avec les autres et avec soi-même, parce que l’art fait réagir. On découvre une œuvre, une pratique, et on se découvre soi. Ce socle permet de mettre en place des tas d’autres choses.

Le travail des coordonnateurs permet notamment aux détenus d’expérimenter la pratique artistique. Or, expérimenter rend curieux. Sculpter, c’est envisager, imaginer, produire. C’est la même chose avec l’écriture ou la chanson. On voit alors des détenus se transformer en découvrant ce qu’ils peuvent faire. Le rôle du coordonnateur à cet égard est essentiel, il va établir la connexion entre un intervenant extérieur et un détenu. À partir de là, des verrous peuvent sauter et les armures peuvent tomber. On se découvre sous un autre prisme. On peut ouvrir des champs nouveaux. Ça ne change pas radicalement une personne, mais brique par brique, on crée la possibilité de se parler et de s’écouter.

Interview dans le cadre du dossier La culture fend les murs publié dans Perluète #07.

Lire l'intégralité du dossier.

[Entretien] avec Karine Vernière, profession « coordonnateur »