Poésie, essai, littérature jeunesse… Rémi David évolue avec une agilité surprenante d’un genre à l’autre tout en multipliant les collaborations pluridisciplinaires. Les éditions Gallimard viennent de publier son premier roman dans la collection « Blanche ».
© Francesca Mantovani, Éditions Gallimard

Votre appétence pour l’écriture semble s’être révélée très vite, puisque, à l’âge de 16 ans, une de vos nouvelles, Adeline, a été publiée au Mercure de France et a reçu le Prix du jeune écrivain. Comment expliquez-vous cette « vocation » précoce ? Comment est né ce goût de l’écriture ?

Comme dirait Obélix, je suis tombé dans la marmite lorsque j’étais petit... Si vous voyez vos parents faire la cuisine, du jardinage, du bricolage... ça donne souvent envie de s’essayer à faire la même chose. Ce fut le cas pour moi avec l’écriture. Mon père écrivait des livres, en publiait et continue de le faire. Ma mère en lit beaucoup. Ma grand-mère écrivait ses mémoires... J’aimerais vous répondre par quelque chose de plus original, pouvoir raconter l’histoire de ma révélation à l’écriture..., mais c’est plutôt le déterminisme social, l’environnement familial qui a joué. Ce qui n’ôte en rien une forme de nécessité au fait d’écrire. S’ajoute à cela qu’au collège j’avais peu d’affinités avec les enfants de mon âge (c’est un euphémisme). Je me retrouvais beaucoup plus dans le monde des écrivains, des paroliers, du moins tel que je le fantasmais. Un monde où j’aimais trouver refuge.

 

Ce qui est frappant lorsque l’on vous lit, c’est à la fois la pluralité des voix, des publics, des genres littéraires et l’aspect pluridisciplinaire. Comment expliquez-vous cette hétérogénéité de l’écriture et des thèmes abordés ?

Je vais forcer un peu le trait pour vous répondre. Grosso modo, j’ai l’impression qu’il existe deux types d’artistes et d’écrivains : les scaphandriers et les navigateurs. Les premiers abordent les choses verticalement : ils restent au même endroit et descendent toujours plus profond dans leur exploration. C’est Beckett par exemple, Cioran, Ken Loach, Soulages, Giacometti...

Les seconds, eux, travaillent plus à l’horizontale. Romain Gary, Stanley Kubrick, Robert Desnos, Gustave Courbet... Sur l’océan artistique, ils naviguent d’une terre à l’autre, explorent régulièrement des sols nouveaux. Toutes proportions gardées avec ces grands noms, je suis plutôt de cette veine-là. Je ne me l’explique pas, je constate que je suis comme ça.

 

"Quand un objet, un événement, un art ou une personne l'intéressait, Genet s'y engoufffrait alors à corps perdu... Ce fut le cas du fil"Racontez-nous comment est né cet intérêt pour « le funambule », ce jeune homme qui a partagé la vie de Jean Genet, lequel l’a façonné, tel un chef-d’œuvre.

J’ai rencontré Abdallah, si je puis dire, par le thème du funambule. Je travaillais comme dramaturge auprès de Tatiana-Mosio Bongonga, qui propose des traversées sur un fil tendu à très grande hauteur. Je rassemblais pour elle de la documentation sur les représentations du funambule dans les différentes formes d’art. C’est ainsi que j’ai découvert le poème de Genet dédié à Abdallah, puis Abdallah lui-même, qui m’a touché par sa personnalité, son histoire et son destin tragique. Je trouvais cette aventure amoureuse et artistique vécue avec Genet à la fois belle et terrifiante. J’ai eu envie de m’y intéresser, puis de la faire découvrir, donc de la raconter.

 

Des artistes célébrés dans vos écrits – morts pour la plupart – aux intrigues centrales de vos autres livres, la notion de disparition se présente sous différentes formes mais est omniprésente. En avez-vous conscience ?

Pas du tout. Je n’avais pas perçu ce fil rouge (noir ?) entre mes écrits. Je risque maintenant de me demander, à chaque fois que j’écris, si je ne suis pas encore en train de creuser cette obsession. Merci du cadeau ! Je vais devoir faire disparaître aussi cette nouvelle information, ce qui ne va pas être chose facile... Blague à part, Scott Fitzgerald notait qu’un écrivain a seulement deux ou trois petites choses à dire, qu’il essaie de dire, de livre en livre, le mieux possible. Je pense qu’il avait raison. Et que vous avez raison : la question de la disparition, chez moi, doit faire partie de ces trois petites choses.

 

Propos recueillis par Cindy Mahout et Valérie Schmitt

Bio express

Né en 1984 à Cherbourg, Rémi David est écrivain et magicien. Il écrit pour les adultes ainsi que pour la jeunesse et multiplie les collaborations artistiques (avec le plasticien Ernest Pignon-Ernest, avec le philosophe Michel Onfray…). Il a obtenu le Prix du jeune écrivain en 2000 pour une nouvelle publiée au Mercure de France, et est l’auteur de deux textes poétiques, dont Lava (Le Tripode), porté sur scène par Denis Lavant.

Il a bénéficié d’une résidence d’écriture proposée par Normandie Livre & Lecture en 2019. Mourir avant que d’apparaître (Gallimard) est son premier roman, pour lequel il vient d’obtenir le prix Robert-Walser, distinction internationale pour des premières œuvres en prose.

Parallèlement à sa pratique de l’écriture, il s’est formé à la magie nouvelle au Centre national des arts du cirque et a fondé en 2012 l’association M’Agis qui propose, en France et dans le monde, des spectacles et ateliers de magie à des populations en situation de grande difficulté.

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[L’invité] Rémi David – Passion tragique