Cerisy, un lieu pour penser ensemble : rencontre avec Édith Heurgon

Publié le 13/05/2026
Temps de lecture : 7mn
Le Château de Cerisy-la-Salle (50) est un écrin intellectuel, dont la renommée n’est plus à démontrer. En parallèle de ses activités, l’Association des Amis de Pontigny-Cerisy (AAPC) propose des résidences d’écriture en adéquation avec sa programmation et son public. Focus sur la saison 2026, avec Edith Heurgon.

L’Association des Amis de Pontigny-Cerisy (AAPC), créée en 1952, reconnue d’utilité publique en 1972, a pour but de favoriser les échanges culturels et scientifiques internationaux entre artistes, chercheurs, écrivains, enseignants, étudiants, ainsi qu’avec les acteurs socio-économiques et un large public intéressé par la culture, le patrimoine et le monde vivant. 

Anne Heurgon-Desjardins (1899-1977), fille de Paul Desjardins (1859-1940), fondateur des Décades de Pontigny dont les archives furent emportées par les nazis, eut à cœur, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de continuer l’entreprise intellectuelle, humaniste et européenne de son père. Elle fonda dès 1952 le Centre culturel international de Cerisy-la-Salle et l’Association des Amis de Pontigny-Cerisy. Depuis sa disparition en 1977, ses filles, Édith Heurgon et Catherine Peyrou, ont assumé ensemble la direction du Centre. Après le décès de Catherine Peyrou en 2006, Édith Heurgon a poursuivi seule.   

Photo d’Edith Heurgon et de Dinah Louda (Veolia) prise par Sabine Chardonnet-Darmaillacq au colloque Rouvrir des possibles avec François Jullien (28 juin au 4 juillet 2025). 

Le Centre culturel de Cerisy poursuit une tradition culturelle initiée en 1910 par Paul Desjardins avec les décades de Pontigny, comment parvenez-vous à vous renouveler sans cesse ? 

Voici la phrase avec laquelle mon grand-père a introduit les décades de Pontigny : 

« Si les entretiens ont été conçus avec un sens net de ce qui manque à la société contemporaine et de ce qu’elle cherche, s’ils sont soutenus par un dévouement suffisant, ils vivront » (Paul Desjardins,1910) 

Cent ans après, le colloque “DE PONTIGNY À CERISY : Des lieux pour « penser avec ensemble » – 1910…2010“ , a lancé un appel de lettres en écho à cette phrase. Plus d’une cinquantaine de réponses nous ont été adressés sur la base desquelles un spectacle a été construit et joué au château de Cerisy.  

Le projet de Cerisy (un château normand) poursuit depuis 1952 celui de Pontigny (une abbaye en Bourgogne), dans un monde radicalement différent : il s’agit de la rencontre à deux conditions, précise Paul Desjardins : d’une part, « favoriser l’exercice d’une pensée qui soit à la foi action sur le monde, découverte d’elle-même et action créatrice de soi ; d’autre part, configurer un espace-temps produisant une association de mutuelle éducation philosophique et civique qui aide ses membres à se former des jugements justes ». 

D’année en année, avec une variété de thèmes (littérature et arts, histoire et architecture normandes, philosophie et sciences sociales, psychanalyse, écologie et vivant…), les colloques de Cerisy ont pour ambition de comprendre les bouleversements contemporains, d’imaginer ensemble des futurs possibles, de créer des capacités d’action collective. 

En 2002, pour les cinquante ans de Cerisy, une exposition présentée à Caen avec l’IMEC a distingué plusieurs périodes : 1952-1966 :  Amitiés et engagements (reprise par A. Heurgon) ; 1966-1981 :  Entre tradition et modernité ; 1981-2001: Chemins dans la diversité (sciences sociales …) ; 2002-2020… Héritage prospectif, ouvertures, expériences (les entreprises, les jardins, les transitions écologiques..). Aujourd’hui, nous recevons beaucoup de propositions de colloques et les deux prochaines années sont déjà quasiment programmées.  

Depuis la COVID, les participants apprécient encore davantage l’apaisement que produit un séjour à Cerisy associé à la liberté des échanges. C’est pour cette raison qu’en 2020 les Foyers de création et d’échanges ont été rétablis : ils permettent d’accueillir des résidents qui, à côté de travaux personnels, artistiques ou scientifiques, concourent à une démarche de création collective pouvant déboucher sur des actions de médiation culturelle à l’intention d’un public élargi. 

Quels sont les temps forts de cette saison 2026 ?  

Placée sous le signe des relations entre temps et espace, la saison 2026 s’ouvrira avec le premier colloque de Cerisy sur les Sciences de la terre à l’heure de l’anthropocène ? Elle explorera tout au long de l’été les dynamiques longues du vivant, les mutations des territoires et les devenirs démocratiques. 

La littérature et les arts sont au cœur des colloques de Cerisy, poursuivant la tradition humaniste de Pontigny, comme en témoigne la brochure Cerisy, à l’écoute des Muses. Que peuvent la littérature et les arts aujourd’hui pour demain ?. Cette annéetrois écrivains contemporains disparus (Jean Ricardou Denis Roche, Jacques Roubaud) feront l’objet d’une rencontre. 

Le colloque Où sont passées nos énergies ?, organisé par le Cercle des partenaires, à l’initiative de la région Normandie, m’intéresse particulièrement. Dirigé par Olivier Lecointe (retraité d’Engie), Dinah Louda (Institut Veolia) et Lucile Schmid (Fabrique écologique), il traitera des énergies techniques, mais aussi des énergies sociales (à la suite des colloques 2025 avec les philosophes François Jullien et Hartmut Rosa)3. De plus, et avec des textes littéraires lus chaque jour, les énergies littéraires, linguistiques seront aussi conviées, ces dernières détenant la faculté critique de scruter nos discours. Encore plus actuel que nous l’imaginions avant l’agression israélo-américaine au Moyen Orient, cette rencontre abordera aussi les aspects géopolitiques alors que l’énergie devient un enjeu citoyen : https://cerisy-colloques.fr/energies2026/

Un colloque est dédié aux « Transformations des politiques culturelles », du 18 au 24 juin prochains, sujet de réflexion fécond qui résonne avec l’actualité, pouvez-vous nous en dire plus ?  

En partenariat avec le Cycle des Hautes Études de la Culture (CHEC), le colloque Transformations des politiques culturelles accueillera la 7ème session dont le sujet de réflexion est ROUVRIR NOS FUTURS.  

Dans un contexte de mutations sociales, écologiques et numériques, dans une période où l’avenir des politiques culturelles fait l’objet de nombreuses interrogations, il nous semble utile de créer ce temps d’échange et de dialogue à la fois exigeant et ouvert entre des profils différents – artistes, chercheurs, responsables publics, élus ou opérateurs culturels ­­­— pour mieux comprendre les transformations à l’œuvre et réfléchir aux perspectives possibles.  

L’originalité de cette rencontre tient à la place importante donnée aux retours d’expériences et aux initiatives concrètes, notamment issues des territoires. Mais ce colloque se veut surtout un espace de projection : comment la culture peut-elle contribuer à renouveler les imaginaires, renforcer le lien démocratique et accompagner les transitions contemporaines ? C’est à cette condition qu’elle demeurera une politique publique essentielle. 

Pour la Normandie, qui a engagé depuis plusieurs années différentes démarches de coopération culturelle, l’intérêt est de pouvoir confronter ces expériences à d’autres pratiques et à des analyses plus larges. Ce type d’échange permet souvent de mieux situer les enjeux, de partager des méthodes et parfois de faire émerger de nouvelles pistes de travail. 

Propos recueillis par Cindy Mahout

Coordonnées : 

CCIC, 2 le Château, 50210 Cerisy-la-Salle. 

02 33 46 91 66 

edith.heurgon@ccic-cerisy.asso.fr 

Site internet : cerisy-colloques.fr

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