Les trois manuscrits italiens de Louviers passés par la collection Bourdin 

À suivre
Publié le 12/03/2026
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Quatre manuscrits, dont trois italiens, ont disparu du dépôt de Louviers entre 1798 et 1842 et sont entrés dans la collection privée du bibliophile rouennais François Frédéric Bourdin (1799-1862).  
ms. Paris, BnF, Smith-Lesouëf 14, f. 16

Ils sont décrits ainsi dans le catalogue de l’exposition qui s’est tenue du 22 mai au 9 juin 1861 dans la grande salle des assises du palais de justice de Rouen (p. 79) : « M. F. Bourdin, à Rouen, n° 912 : Quatre Volumes manuscrits, grand in-folio, de transcription italienne du XVIe siècle, d’une remarquable blancheur de vélin et d’une régularité parfaite d’écriture. Ces quatre volumes, parmi lesquels se trouve celui de Barthélemy de Brecia, sur le Droit canonique, passent pour avoir appartenu à Georges d’Ambroise ».  

ms. Paris, BnF, Smith-Lesouëf 14, reliure

Si ces quatre manuscrits sont bien passés par la bibliothèque de l’archevêque de Rouen Georges Ier d’Amboise (1493-1510), seulement trois d’entre eux sont d’origine italienne : copiés dans le dernier tiers du XVe siècle, ils ont en effet appartenu à la bibliothèque des rois aragonais de Naples. Après le décès de Bourdin en 1862, ces trois manuscrits ont été acquis par le juriste et bibliophile rouennais Charles Lormier (1825-1900), fondateur de la Société des Bibliophiles normands en 1863. Ils apparaissent en effet dans le catalogue de vente de sa bibliothèque, publié à Paris en 1901, où ils sont décrits dans trois notices : 

  • La notice n° 15 correspond au manuscrit de la Catena aurea sur l’Évangile de saint Luc de Thomas d’Aquin qui a été restitué à la ville de Louviers le 27 juin 2025 et dont il a déjà été question dans un précédent billet (ms. Louviers, BM, 103). 
  • La notice n° 16 correspond à un manuscrit du Commentaire sur l’Évangile de saint Jean de Thomas d’Aquin qui n’a pas été localisé depuis sa vente en 1901. Ce manuscrit semble donc toujours conservé dans une bibliothèque privée. 
ms. Paris, BnF, Smith-Lesouëf 14, f. 76v 

Les marques de possessions apposées en tête de ce dernier volume (contreplat supérieur) révèlent que ce livre est passé par plusieurs collections privées au cours des XIXe et XXe siècles : 

  • La bibliothèque de François Frédéric Bourdin (1799-1862), où il portait la cote 137, comme l’indiquent la mention « n° 137 M. F. Bourdin » sur une étiquette ainsi que la signature manuscrite « Bourdin F[rédéric ?] » et l’adresse « rue impériale [2 ou 4], à Rouen ». Dans les registres de recensement de la population de la ville de Rouen de 1862, Bourdin réside avec son épouse au 4 (bis) de la rue Impériale. Ils avaient vraisemblablement emménagé à cet endroit peu après leur mariage le 15 octobre 1832 : la rue Royale, construite en 1830, fut d’abord rebaptisée rue de la République en 1848, puis rue Impériale en 1852, avant de reprendre le nom de rue de la République à partir de 1870 ; 
  • La bibliothèque de Charles Lormier (1825-1900), comme le prouve l’ex-libris gravé ovale avec les armes et les lettres enclavées « C. Lormier », ainsi que la devise « Vita sine litteris mors est » ; 
  • La bibliothèque d’Auguste Lesouëf (1829-1906) en 1901, puis de ses nièces Madeleine et Jeanne Smith après 1906. Celles-ci créèrent la fondation Smith-Lesouëf à Nogent-sur-Marne et léguèrent ce manuscrit à la bibliothèque nationale en 1913. 
ms. Paris, BnF, Smith-Lesouëf 14, marques de possession au contreplat supérieur

Comme nous l’avons vu dans le précédent billet, les livres 1 et 2 du Commentaire sur les quatre livres des Sentences de Pierre Lombard par Thomas d’Aquin sont toujours conservés à la bibliothèque municipale de louviers sous les cotes 7 et 8. En revanche, le 4e et dernier livre a lui aussi disparu entre 1798 et 1842 et n’a toujours pas été retrouvé à ce jour : sans doute est-il encore conservé dans une collection privée. 

Il reste à traiter le cas du 4e manuscrit de Louviers passé dans la collection Bourdin sans être entré dans la collection Lormier : ce sera l’objet de notre prochain billet. 

Stéphane Lecouteux

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