Léopold Prudon explore les sentiments intérieurs en BD
En 2004, à l’âge de 10 ans, Léopold Prudon décide de devenir auteur de BD en lisant Calvin et Hobbes. En 2026, après 10 ans de carrière, le caennais publiera Aliocha disparu aux Éditions Monsieur Toussaint Louverture. Un album sur le deuil, construit de façon expérimentale, épuré et poli pendant cinq longues années.

Léopold Prudon © aprim
Le Cadran, quartier du Chemin Vert à Caen. C’est dans cette Maison des associations fraîchement sortie de terre que Léopold Prudon a installé son atelier. Lisse comme une feuille blanche, le bâtiment n’a pas encore écrit son histoire. Un parfait champ libre pour explorer les espaces de l’intime…
Diplômé de l’École Estienne, Léopold Prudon rejoint Strasbourg et la HEAR (Haute École d’Art du Rhin) entre 2015 et 2017, où il expérimente la micro-édition avec le fanzine Môkki. Au terme de ses études, grâce au programme Offshore, il rejoint Shanghai. Fasciné par l’architecture de la ville, il projette d’y faire un livre-promenade, improvisé dans la rue sur le vif, sans story-board. Pour cela, le jeune auteur a élaboré un tramage complexe dans un simple carnet de croquis. Ce procédé lui permet de faire de la BD très vite et de trouver des structures spontanées.
Le monde des morts
Au bout de cinq jours sur place, Léopold Prudon doit rentrer en France auprès de son père mourant. L’événement se heurte brutalement à son projet. De retour en Chine un mois plus tard, le livre envisagé devient un livre d’errance et de deuil. « J’ai voulu capturer cet état qu’on traverse lorsqu’on plonge dans le monde des morts pour un temps donné. Ça rencontrait le sentiment d’un monde à part quand on arrive en Chine. Shanghai Chagrin et né de cette idée romantique que les espaces extérieurs reflètent les sentiments intérieurs… C’est un livre mémorial sur mon père, sur le sentiment de deuil qui ne dure pas mais qui peut définir ce que sera la suite de votre vie. »

Ouvrir les cases
Au retour de Chine, un gros projet commence à mûrir dans l’esprit de Léopold. Aliocha disparu sera aussi un livre sur le deuil et mettra en scène un frère exubérant et une sœur rangée qui réagissent chacun à leur manière à la mort de leur père. « Si j’utilise des éléments biographiques, j’essaie de mettre de la distance par l’humour. Jeune auteur, on a tendance à prendre sa propre vie comme matériaux disponible. C’est plus facile pour raconter une histoire et incarner des personnages. »
Pour cet travail, Léopold Prudon a repris en partie son procédé de création. « Je ne veux pas de structure trop régulière comme le gaufrier à 6 cases ! Je veux pouvoir ouvrir les cases, les faire disparaître, expérimenter sur leur forme. Ce procédé fait confiance à l’inspiration mais il laisse aussi beaucoup de place à l’erreur. »
Du Mexique à Angoulême
Pour porter ce long projet dans le temps, Léopold Prudon a pu bénéficier de résidences rémunérées avec la Cité de la Bande Dessinée, qui l’ont emmené de Zapopan au Mexique à Angoulême, puis à Panchevo en Serbie.
Avec son éditeur Monsieur Toussaint Louverture, il vient de resserrer le projet en le ramenant de 350 à 300 pages. En attendant la parution annoncée pour le printemps 2026, Léopold Prudon s’est lancé sur un nouveau projet pour les éditions Allary, consacré aux Enfants de Moissac (500 enfants juifs sauvés de la déportation) dont il rencontrera des survivants. Un travail qu’il ne mènera pas seul cette fois, puisqu’il sera accompagné de Louise Moaty au scénario.
Texte et photos Stéphane Maurice / aprim
Bio Express
- 2014 – Diplômé de l’École Estienne.
- 2015 – De l’autre côté, projet de diplôme publié chez Les Enfants rouges.
- 2017 – Diplômé de le HEAR de Strasbourg.
- 2018 – Année de post-diplôme en Chine.
- 2020 – Signature chez Monsieur Toussaint Louverture.
- 2021 – Parution de Shanghai Chagrin à l’Association.
- 2026 – Parution de Aliocha disparu.