Guillaume Nail à la MJC le Sillon : un projet artistique unique avec les élèves
Guillaume Nail, auteur du roman Ton Absence (éditions du Rouergue, 2022), a souhaité transformer l’adaptation théâtrale de son livre en un projet collaboratif avec des élèves. Avec la compagnie Ce soir, le ciel c’est nous qui l’écrivons (qu’il a cofondée avec le metteur en scène et comédien Ali Ayouba), ils ont travaillé ensemble à l’écriture d’une nouvelle création.
L’objectif est d’impliquer le public de manière active dans le spectacle. Pour cela, le public n’est pas seulement spectateur, mais participe à l’écriture et à la réflexion autour de la pièce. Il découvre aussi les coulisses de la création théâtrale : comment naissent les dialogues, les silences, les regards ou encore les didascalies (les indications de mise en scène), et comment ces éléments sont testés sur scène. Le but est de créer une expérience immersive où chacun peut contribuer.
Guillaume Nail et Ali Ayouba veulent ainsi mener une démarche inclusive en allant à la rencontre des adolescents du collège Dunois et du lycée Charles de Gaulle pour les associer à ce projet passionnant.

Guillaume Nail répond à nos questions :
Qu’est-ce que cela représente pour vous, d’être accueilli en compagnonnage, d’avoir été choisi par ces deux structures partenaires que sont le Festival Epoque et la MJC le Sillon ?
C’est à la fois une reconnaissance, mais aussi une continuité logique de la démarche dans laquelle j’inscris mon travail depuis dix ans.
J’ai été comédien, je suis aujourd’hui auteur et j’ai cofondé avec Ayouba Ali la compagnie de théâtre « Ce soir, le ciel, c’est nous qui écrivons ». Ce compagnonnage arrive à point nommé pour poursuivre le travail initié autour de l’adaptation théâtrale de mon roman Ton absence, spectacle mis en scène par Ayouba et qui intègre une dimension immersive, de par la présence des spectateurices au plateau, mais aussi en mettant les élèves et publics rencontrés à nos places de créateurs.
Que ce compagnonnage se fasse avec le Festival du livre Époque et la MJC le Sillon permet d’être à la croisée de la littérature, du spectacle vivant et de la rencontre avec tous les publics, au plus près du terrain. C’est particulièrement enthousiasmant.
Votre travail, mené lors de ce compagnonnage, se fonde sur une grande proximité avec les jeunes, un aller/retour qui alimente autant leur univers que votre création, pouvez-vous nous expliquer comment est née cette idée, ce dispositif si particulier ? qu’apporte-t-il ?
Loin de se contenter d’un simple copier-coller du roman, Ayouba Ali, metteur en scène du spectacle, a imaginé un dispositif scénique particulièrement judicieux. Dans la pièce, Léopold, jeune homme de 17 ans, organise ainsi une veillée dans le cadre de son stage BAFA pour devenir animateur, en vue de tenter de dire ce qu’il a traversé depuis une semaine : qu’il est tombé amoureux de Matthieu, autre stagiaire qui va l’épauler dans cette mission. Inviter les jeunes spectateurices au plateau, leur demander d’incarner les autres stagiaires BAFA nous permet de leur faire éprouver de manière organique ce qui se joue dans cette veillée, le poids de leur regard sur cette histoire, et les faire se sentir particulièrement concerné·es par les sentiments que Léopold essaie d’exprimer. Les discussions qui s’ensuivent sont d’ailleurs particulièrement enrichissantes. Cela nous permet également de renouveler leur rapport au théâtre, d’appréhender toutes les facettes du métier en ceci que nous mettons largement les élèves à contribution tout au long du processus de création.

Aviez-vous des appréhensions/ des doutes sur votre projet qui ont pu être résolus pendant cette résidence ?
C’est là tout l’intérêt de cette résidence : consolider les pistes envisagées en les confrontant au ressenti et à l’expérience des spectateurices. Corriger ce qui fonctionne moins bien en termes de dramaturgie, de temporalité, mais aussi de lisibilité de la scénographie, afin de déjouer les écueils éventuels avant les premières représentations en février 2027. Pari réussi : si certains de nos partenaires ont pu au départ s’interroger sur notre capacité à faire intervenir les jeunes au plateau, ou montrer une légère frilosité sur les sujets abordés (la première expérience amoureuse, une histoire entre deux garçons, etc.), tous se montrent étonnés, à chaque étape du travail en public, de l’investissement des élèves, de leur énergie et, surtout, de leur plaisir et de leur degré de compréhension des enjeux.
On associe souvent la vie d’un auteur, ou la résidence, avec un travail d’écriture solitaire. Le fait d’être au Sillon, entouré de la vie d’une MJC, des scolaires, de la Cie, modifie complétement cet aspect-là, comment l’avez-vous vécu ?
Le temps de l’écriture est certes solitaire, mais il se nourrit avant tout d’échanges et de rencontres. J’ai besoin de rester en prise avec l’énergie, les questionnements et les considérations quotidiennes de mes potentiels lecteurices. Ce compagnonnage, c’est surtout beaucoup de moments de joie, et de découverte, assez galvanisants.
Dans le cadre de votre compagnonnage, quelles sont les rencontres qui vous ont marquées ?
L’équipe du Sillon, d’abord, qui a été aux petits soins pour nous, de même que celle d’Époque – Ariane Phytillis et Annie-Rose Pichonnier se démènent pour faire vivre la littérature et multiplier les formats originaux. Les équipes pédagogiques des établissements rencontrés, ensuite : cela demande du temps, de l’organisation d’impliquer les élèves – mais c’est chaque fois très riche, de sortir un peu du cadre « scolaire ». Et j’avoue que les productions des élèves, notamment du lycée de Gaulle, m’ont épaté. En quelques heures de travail à peine, iels ont livré des textes touchants, sensibles et surtout singuliers – à leur image. Productions que nous avons présentées pendant une émission de radio, animée elle aussi par des jeunes durant le festival Époque. De quoi faire mentir l’idée que les jeunes n’aimeraient plus s’investir, ni lire ni écrire. C’est même tout le contraire, dès lors qu’on leur fait confiance.
Quelle suite pour votre projet d’écriture ?
Ce compagnonnage s’inscrit sur la durée, au-delà du projet d’adaptation de Ton absence. Les rencontres, les écrits des élèves, l’énergie emmagasinée – tout cela nourrit mes projets à venir. Ce type d’expérience me permet de rester en phase avec les jeunes et de proposer des récits qui leur parlent – en espérant préserver leur appétence pour la lecture, et la joie de se raconter des histoires. J’y ai puisé des inspirations pour l’un de mes prochains projets : toujours en collaboration avec Ayouba Ali, je travaille en effet à l’adaptation d’un autre de mes romans – Madou en 5 actes, le récit d’apprentissage d’une jeune Cherbourgeoise convaincue de n’avoir aucun destin, qui va se découvrir une fibre pour l’écriture théâtrale. Sous forme de comédie musicale ! Et les prochaines rencontres à venir lors du compagnonnage devraient me permettre d’affiner mes envies d’écriture pour l’après. D’ici là, je me consacre à la promotion de mon dernier opus « adulte », Les Carnivores (Denoël), sorti pour la dernière rentrée littéraire.
Propos recueillis par Cindy Mahout
Ce projet a bénéficié d’un soutien de la DRAC de Normandie, de la Région Normandie et du CNL au titre du FADEL Normandie.