De la prose à la poésie : Coline Pierré en résidence à La Factorie

Publié le 25/08/2025
Temps de lecture : 5mn
Coline Pierré © La Factorie

Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours et de votre projet lors de cette résidence ? 

Autrice à plein temps, mon premier roman (pour enfants), Apprendre à ronronner, a paru en 2013. Depuis, j’ai publié une vingtaine de livres pour les enfants, les adultes, les adolescents : des romans, des albums, de la poésie, un essai. Je travaille aussi pour le spectacle vivant et je fais des lectures performées en duo avec d’autres artistes à partir de texte que j’ai écrit. Avec mon conjoint, Martin Page, nous avons fondé la maison de microédition Monstrograph, que nous avons dirigée de 2015 à 2022, avant de mettre fin à cette aventure. 

Le projet d’écriture sur lequel j’ai travaillé pendant la résidence est un recueil de poèmes qui traite de la question du corps, de la construction de l’identité dans un corps genré féminin, et de la manière dont la danse et plus largement le mouvement permettent une réappropriation, un nouveau rapport à son corps, un nouveau dialogue avec celui-ci.

Compte tenu de votre parcours éditorial, davantage tourné vers la jeunesse, pourquoi avoir choisi ce lieu de résidence dédié à la poésie ?

J’ai choisi cette résidence d’écriture parce que j’avais envie de prendre le temps de travailler sur de la poésie. J’avais ce projet de recueil en chantier depuis plusieurs années et, comme je suis principalement romancière, j’ai tendance à donner la priorité à mon travail en littérature jeunesse, et j’ai du mal à prendre le temps pour la poésie. Faire cette résidence spécifiquement consacrée à la poésie me donnait l’occasion et la légitimité de mettre ce projet au premier plan et de travailler uniquement, ou au moins en priorité, là-dessus. Par ailleurs, j’ai choisi de candidater à la Factorie parce que c’est un lieu dont j’avais beaucoup entendu parler, plusieurs connaissances et amis y avaient déjà séjourné et m’en avaient fait un retour très positif. J’avais donc très envie de découvrir ce lieu et d’y passer du temps.

Quels sont les thèmes qui vous portent dans votre démarche poétique ?

Dans mon premier recueil, j’ai travaillé sur la question de l’amour et du langage, et de la langue au cœur de la relation amoureuse. Je voulais parler du fait que tout ce qu’on partage de soi, tout ce qu’on appréhende et comprend de l’autre, passe par la langue, par des mots derrière lesquels on ne met pas tous le même sens, par un langage qui s’est construit dans des expériences différentes. Je voulais questionner la manière dont cela complexifie la relation et la communication. Dans ma démarche poétique, la question du langage est importante, mais également celle du corps. J’ai envie que ma poésie soit aux prises avec des questions très concrètes, très contemporaines, parfois même triviales. Pouvoir parler de parentalité, par exemple. J’ai un projet de recueil avec mon conjoint en ce sens. J’ai envie à la fois de toucher à des thématiques de la vie quotidienne, très proches de ma réalité, mais aussi d’y souffler un regard, une distance, un léger décalage. Je crois que j’aime bien aussi l’idée de pouvoir mettre de l’humour dans la poésie. Pas forcément systématiquement, mais ça m’importe de montrer que la poésie n’est pas seulement un lieu de grand sérieux, de drame, de tragédie, de lyrisme et d’intensité, mais aussi un endroit où l’humour peut revêtir des atours poétiques.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans le fait d’être en résidence ?

Ce que j’apprécie le plus, c’est le temps, c’est l’étirement du temps. Parce que lorsqu’on est dans un cadre quotidien, chez soi, avec la vie familiale, avec les horaires de la vie réelle, le temps est tout le temps contraint et fractionné par plein de petites choses. En résidence, en général, on a peu d’autres obligations, on peut donc étendre le temps. J’adore que les journées soient très longues, pouvoir travailler le soir, pouvoir changer de lieu, travailler dehors avec l’équipe tout autour ou dans la solitude de ma chambre.

Pourriez-vous nous parler d’un moment fort qui vous aurait marqué lors de cette expérience ?

Peut-être un atelier d’écriture que j’ai animé avec des personnes qui sont suivies dans un hôpital de jour et qui ont un rapport à la langue et à l’écriture parfois assez compliqué. J’ai animé un atelier d’écriture avec eux et il y a eu des textes très forts. C’est assez souvent le cas en atelier, mais ici, peut-être plus encore parce que c’était des personnes qui avaient pour certains des parcours de vie difficiles, dans leur corps, dans ce qu’ils ont vécu. Certains parlaient de violences qu’ils avaient vécues, tandis que d’autres exprimaient un grand sentiment de solitude. C’était une séance très puissante, qui m’a beaucoup émue et qui m’a posé plein de questions quant au rôle et à la place de l’animateur ou animatrice d’atelier. 

Propos recueillis par Mylène Heigeas

Retrouvez d’autres retours d’auteurs et autrices qui ont participé à des résidences d’écriture en Normandie sur le site terre-ecriture.normandielivre.fr 

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