Aurélie Guérinet : une résidence d’écriture au cœur de la Suisse normande

L’autrice caennaise, Aurélie Guérinet, a été accueillie en résidence d’écriture d’un mois, du 17 novembre au 14 décembre 2025, dans Le gîte du Moulin des Rivières à Bréel, dans l’Orne. C’était une grande première pour cette association !
Lors de cette résidence, Aurélie Guérinet a travaillé sur un roman jeunesse, « Nous sommes la nature qui se défend », sur fond de cavale et de cambriolage, de jeux et de liens intergénérationnels.
Elle y a mené trois ateliers d’écriture en direction d’une école primaire, d’une maison de retraite et d’un collège.
Aurélie Guérinet est née en 1987. Elle développe un travail d’écriture où les images, les signes graphiques et les mots procèdent ensemble. Par le biais du livre d’artiste et d’expositions, elle expérimente des formes d’écriture poétique visuelles et sonores. Ses recherches sont autant de réappropriation du langage et lui permettent aujourd’hui d’écrire son premier roman.
En préambule, pourriez-vous rappeler, en quelques phrases, le sujet de cette résidence ?
J’ai mené cette résidence autour d’un roman jeunesse. On y suit Jerry, une jeune fille qui va bientôt avoir 13 ans et qui cherche à comprendre pourquoi sa mère a disparu. Une nuit, celle-ci l’a déposée en urgence, au bord du fleuve, chez sa grand-mère, puis s’est volatilisée. On lui a simplement dit qu’elle avait « besoin de se mettre au vert », mais des bribes d’histoires circulent : une valise pleine de billets, un grand arbre plusieurs fois centenaire qui s’est effondré… On ne sait pas vraiment pourquoi cet arbre est tombé, même si cela pourrait être lié à un épisode ancien où tous les arbres avaient perdu leurs feuilles, ce qui les aurait fragilisés.
Cet arbre, la grand-mère de Jerry l’avait toujours connu sur sa ferme, et sa chute l’a profondément affectée. C’est d’ailleurs la première fois que Jerry voit sa grand-mère dans un tel état, alors qu’elle passe tous ses étés avec elle.
Au fil du roman, Jerry enquête. Elle essaie de démêler les fils de silence, de comprendre ce qu’on lui cache et ce qui relie ces événements. C’est un texte que j’ai poursuivi durant la résidence, après l’avoir commencé en janvier 2025.
Est ce qu’il s’agissait de votre première résidence et pourquoi avoir choisi ce lieu de résidence ?
Ce n’est pas ma première résidence d’écriture ; j’en ai déjà réalisé plusieurs auparavant.
J’ai choisi ce lieu d’accueil pour plusieurs raisons : les conditions matérielles étaient attractives, ce n’était pas trop loin de chez moi, et, sortant de congé maternité, je me sentais capable de m’éloigner un peu, mais pas trop. La Suisse normande est en plus un territoire que je connaissais par fragments, mais pas intimement. Je trouve cette région magnifique : les arbres, le fleuve, les rivières, les chemins… Tout cela me paraissait particulièrement propice à mon travail d’écriture.

Comment votre résidence vous a aidé dans votre projet d’écriture ?
La résidence m’a beaucoup aidée, parce qu’elle m’a permis de me consacrer entièrement au texte, dans un temps dédié et rémunéré — ce qui, après un congé maternité, a été précieux. Cela m’a permis de me relancer dans un projet de création solo, de reprendre une recherche en profondeur. Ce temps exclusif donne une qualité incomparable au travail : on peut avancer sur tous les plans à la fois — l’architecture du récit, l’écriture, la relecture, les prises de notes, l’organisation des idées… Être pleinement immergée dans le texte fait faire des pas de géant.
Aviez-vous des appréhensions et/ou des doutes sur votre projet qui ont pu être résolus pendant cette période ?
Avant d’arriver, j’avais bien sûr quelques appréhensions, mais mes doutes étaient modérés. J’avais commandé une relecture à l’écrivaine Louise Morel, ce qui m’a beaucoup aidée à me remettre dans le bain. Ce type d’accompagnement attentif, très proche du texte, est extrêmement précieux. Sans cela, je pense que je me serais sentie plus vulnérable.
Ce travail préparatoire m’a donné confiance, notamment concernant certains points de narration qui me posaient question. Le fait d’être totalement disponible pendant la résidence a permis de dénouer beaucoup de choses.
La qualité du lieu m’a offert une excellente concentration, ce qui n’était pas gagné puisque je ne savais pas comment j’allais reprendre après une pause.
Pourriez-vous nous raconter une rencontre ou un moment fort de votre résidence ?
L’une des rencontres marquantes de la résidence a été celle avec Servane Lebret, qui coordonne le lieu et qui m’a accueillie. Nous avons eu des échanges réguliers, à la fois sur l’écriture, sur le territoire, sur la vie quotidienne, le jardin, la dynamique locale… J’ai trouvé ces moments très chaleureux et précieux.
Quelle suite pour votre projet d’écriture ?
Pour la suite, il me reste environ un tiers du roman à écrire. Ensuite, je passerai à la relecture et au travail de recherche d’une maison d’édition. J’ai quelques pistes, mais rien d’arrêté pour l’instant.
Enfin, je voudrais ajouter un point essentiel : j’ai eu la chance d’être accueillie avec mon bébé. Il était gardé plusieurs jours par semaine, mais passait aussi du temps sur place. Cette qualité d’accueil pour les auteurs et autrices parents est rare et très précieuse. Je remercie énormément le Moulin des Rivières pour cela, ainsi que Servane.
Propos recueillis par Cindy Mahout
Ce projet a bénéficié d’un soutien de la DRAC de Normandie, de la Région Normandie et du CNL au titre du FADEL Normandie.