Résidence d’écriture : l’art de créer dans la sobriété

Publié le 28/01/2026
Temps de lecture : 7mn
La poétesse normande Séverine Rième était en résidence de création littéraire pendant quatre semaines, réparties entre le 20 septembre et le 30 octobre 2025. Une expérience de sobriété en pleine nature, au sein d’une yourte se trouvant en lisière d’un bois, à Sassetot-le-Mauconduit (76). Cette résidence, portée par l’association MAVD (Mouvement Actif pour une Vie Durable), était une première pour cette structure qui travaille sur les questions en lien avec le développement durable. Focus sur cette expérience vécue dans une sobriété heureuse.
Séverine Rième

Bio express

Séverine Rième est performeuse, chorégraphe, éclairagiste du spectacle vivant. D’abord danseuse-interprète, elle chorégraphie ses propres pièces scéniques. Sa recherche artistique explore la porosité des frontières entre inerte et vivant, plasticité et effacement, identité et multiplicité. Aujourd’hui, elle travaille sur des créations scénique, filmique, et/ou d’écriture poétique. « Nos soifs » publié aux éditions Les Carnets de dessert de lune, est son premier ouvrage de poésie.

Projet de résidence

Son nouveau projet « Faire corps » verra le jour courant 2026.

« Faire Corps » avec la nature est le fil rouge de l’association MAVD, dont l’objectif est de reconnecter l’homme avec la nature. La résidence au sein de cette yourte pour apprendre la nature est apparue comme une évidence.

« Faire corps » se traduira en un récit poétique basé sur les notes de voyage et les entretiens. L’enjeu de ce travail d’écriture se situe dans la transcription sur un mode poétique des multiples niveaux de rencontres avec le vivant vécus lors d’une marche en solitaire qui se déroulera de juin à septembre 2025.

Cette marche part de la côte méditerranéenne, puis poursuit une partie du GR10 à travers les Pyrénées pour rejoindre l’océan Atlantique des Landes jusqu’à l’estuaire de la Gironde et tendre vers le bord de la Manche en Seine-Maritime.

La matière première viendra des entretiens avec les habitants rencontrés, elle sera aussi constituée de son carnet de voyage, témoin de sa perception des différents environnements – faune, flore, lumières spécifiques, odeurs, zones accidentées, asséchées, rencontres inattendues, etc.

Les notes prises le long du parcours transcriront les histoires, les sensations, les émotions, des femmes, des hommes et de leur environnement.

L’ambition est de composer un récit poétique des corps et des voix : ceux et celles des humains mais aussi des animaux, des éléments forts du vivant, rencontrés le long de la traversée.

Quels liens se dessinent entre l’humain, la faune, la flore, le minéral, la lumière, le vent etc. de la Méditerranée à la Manche ? et comment ces liens peuvent-ils constituer un récit poétique fort d’interconnexions ? Comment composer un corps commun dans l’écriture ?

Le MAVD propose une résidence de création atypique au sein d’une yourte, en pleine nature. Elle est ouverte à toutes les pratiques (écriture, illustration, traduction, performance…) et à tous les types de création littéraire (roman, album-jeunesse, théâtre, poésie…). Les projets accueillis s’attachent à la relation au vivant et/ou aux enjeux de transition écologique, démocratique et sociale.

© Séverine Rième

En préambule, pourriez-vous rappeler, en quelques lignes, le sujet du projet d’écriture que vous avez commencé ou poursuivi en résidence ?

Le point de départ du projet « Faire Corps » est une expérience de traversée en solitaire des Pyrénées centrales vers la Normandie : l’enjeu est d’explorer des territoires et les vivant.es qui les habitent, de capter des histoires, des sensations, des émotions, que des travailleurs et travailleuses de la terre entretiennent avec leur environnement. Le récit poétique travaille à un entrelacement entre les entretiens des personnes rencontrées et les notes de voyage prises durant la marche.

Est ce qu’il s’agissait de votre première résidence ?

Il s’agissait de la première résidence pour le projet. J’avais eu la possibilité d’une première résidence d’écriture dans un autre cadre pour un autre projet précédemment en Normandie.

Pourquoi avoir choisi ce lieu de résidence ?

L’appel à projet a éveillé ma curiosité car le lieu de résidence était proche de chez moi, en bord de mer dans un habitat particulier qui pouvait être agréable et propice à ce projet basé sur une immersion dans des environnements naturels forts.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans le fait d’être en résidence ?

De se trouver dans un lieu dédié à l’écriture en dehors de chez soi pour ne pas se laisser happer par d’autres activités, avoir un temps conséquent, assez long pour que l’esprit et le corps puissent se laisser envahir par le projet et se sentir concentré et consacré à une recherche spécifique. Le laps de temps d’un mois me parait être un format minimum pour atteindre un état de disponibilité à l’écriture pour une personne comme moi qui a une activité très éclatée et avec beaucoup de déplacement géographique, la stabilité d’un lieu et d’un temps donné est précieux par rapport à mon mode de vie habituel.

© Séverine Rième

Comment votre résidence vous a aidé dans votre projet d’écriture ?

Elle m’a permis en premier lieu d’effectuer le travail de préparation, c’est-à-dire à dérusher tous les entretiens et les transcrire, ce qui nécessitait beaucoup de temps, et qui était un travail préalable à l’élaboration du récit. Ce temps m’a aidé à accepter, à comprendre pourquoi je ne saisissais pas encore les ressorts du récit, son architecture : replonger dans les entretiens étaient nécessaires pour réussir à tramer l’esquisse d’un fil rouge.

Aviez-vous des appréhensions/ des doutes sur votre projet qui ont pu être résolus pendant cette période ?

En effet je ne savais pas comment manier les différents registres et les modes de narration, la résidence m’a permis de me poser des questions formelles étroitement liées à l’intention et à l’angle du projet. A l’issue de la résidence je n’ai pas encore résolu ces problématiques mais la période a permis de les révéler, de les triturer et de me mettre au travail avec les questions posées clairement.

Pourriez-vous décrire une rencontre ou un moment fort de votre résidence ?

Les temps d’ateliers partagés avec les habitants de la commune de Sassetot ont été importants, des temps très bénéfiques puisqu’il s’agissait des premiers ateliers d’écriture que je menais dans mon parcours, ils se sont très bien déroulés avec des retours constructifs et positifs, aussi en fin de résidence j’ai pu partager un petit moment de lecture du début du travail réalisé pendant la résidence, ce qui est toujours très précieux pour sonder la cohérence et la pertinence de la démarche et avoir des premières impressions en ayant quelques indices, quelques clés pour poursuivre…

Quelle suite pour votre projet d’écriture ?

A ce jour j’ai une seconde résidence prévue pour le projet d’écriture “Faire corps” qui aura lieu à la Factorie de Val-de-Reuil en mars 2026, j’espère avoir suffisamment poursuivi le travail ébauché à ce moment-là pour approcher de la fin de l’ouvrage.

D’autant plus que j’aurais aussi traversé d’autres étapes de recherche liées au projet global qui implique un travail d’images avec la réalisation d’un film documentaire, et j’aurais eu deux périodes de résidence en studio pour la réalisation d’une forme performative scénique, au CCN – Centre chorégraphique National du Havre en Normandie et au théâtre Louis Jouvet, L’étincelle à Rouen.

Propos recueillis par Cindy Mahout

Ce projet a bénéficié d’un soutien de la DRAC Normandie, de la Région Normandie et du CNL au titre du FADEL Normandie

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