Le Prix littéraire de la ville de Caen-Normandie fête ses 50 ans

Pour évoquer cette année exceptionnelle, échange avec Claudette Caux, membre du jury depuis 2005 et Présidente depuis 2008.
Pouvez-vous nous présenter le Prix littéraire de la Ville de Caen-Normandie ?
Créé en 1975 à la demande de la Municipalité, le Prix littéraire de la Ville de Caen distingue annuellement un auteur ou une autrice, originaire de l’ancienne Basse-Normandie, y résidant ou l’ayant choisie comme cadre de son livre.
Premier lauréat en 1976, pour son roman Les Flamboyants, Patrick Grainville a reçu ensuite le Prix Goncourt.
Si le jury dans les débuts, par manque de qualité des livres en lice, n’a pas attribué de Prix, à partir de 1991 le palmarès fut ininterrompu.
Depuis 1976, 45 auteur-e-s ont donc été primés.
C’est dire le travail mené depuis un demi-siècle par un jury bénévole et engagé pour la promotion de la littérature et de la lecture, le renom de la Ville et de sa région. Il est important de souligner que le Prix, l’un des plus anciens en région, n’a cessé de gagner en notoriété auprès des auteur-e-s, des éditeurs et des lecteurs.
En cette année 2026, 50 ans après la création de ce Prix, et au moment où la dernière étude du CNL montre un déclin généralisé de la lecture, quelle est l’importance de faire perdurer une telle action ?
L’étude du CNL sur le déclin généralisé de la lecture et les fermetures de grandes librairies prouvent d’autant plus l’importance de l’action que nous pouvons et devons mener en la matière.
Si la vocation première est de décerner chaque année un Prix, notre second objectif est de faire connaître un éventail d’autres auteur-e-s, d’autres livres. D’où la proclamation officielle du Prix à la bibliothèque Alexis de Tocqueville où un panorama de la présélection est également présenté et mis en ligne sur Youtube.
Convaincus de l’importance de la littérature et des bienfaits de la lecture, les membres du jury, paritaire avant l’heure, représentent une diversité d’âges et d’origines professionnelles et sont soucieux de faire partager leurs expériences de lectures.
Comme en témoigne le palmarès, le jury contribue souvent à la découverte de jeunes auteurs. Comment s’opère ce travail de lecture et de sélection des œuvres, qui contribue grandement à la réputation du Prix ?
Tous bénévoles, les 17 membres du jury sont accueillis, après examen de leur CV et engagement confirmé par une lettre de motivation. Répartis en trinômes pour une meilleure circulation des livres, tous se doivent de lire tous les ouvrages en lice : une exigence qui est la marque du sérieux de notre Prix.
La campagne de lecture se fait sur les parutions de janvier à décembre, soit selon les années de 40 à 25 livres, pour une remise du Prix au printemps de l’année suivante. Au cours de réunions mensuelles où chacun donne son point de vue, la présélection s’établit pour arriver à la délibération finale et à l’ouvrage primé.
Les critères de choix portent essentiellement sur la force et l’originalité du sujet et de l’écriture, sur l’adéquation entre le thème et l’écriture. En cas d’hésitation, sont privilégiés les nouveaux talents, les auteurs méconnus ou aux portes de la notoriété.
Effectivement, comme en témoigne le palmarès, la découverte ou la reconnaissance de jeunes auteur-e-s est un des critères qui entre en ligne de compte lors des délibérations. Et cela dès Patrick Grainville en 1976, ou avec Alice Zeniter déjà distinguée en 2004, à sa sortie du lycée. La dernière décennie en est aussi une illustration avec Stéphanie Lamache, ou avec Nathacha Appanah, Marie Rouzin, Hugo Lindenberg, Lilia Hassaine, Rémi David, Zadig Hamroune qui ont confirmé leur talent d’écriture.
Parlez-nous du lauréat 2026 ?
Si on évoque le Prix 2026, Retour à Balbec (Buchet-Chastel) est le cinquième roman de Renaud Meyer. Un grand roman qui a l’ambition de se mettre sous le signe de Proust en seulement 158 pages. Une réflexion sur le temps, le deuil, l’identité, la mémoire affective, la transmission. Un livre tissé avec finesse et intelligence, de manière originale, avec une grande beauté de l’écriture, et à la dimension onirique. Un livre qui s’accorde à la finalité de nos actions et au fil rouge de notre Cinquantenaire. Un superbe hommage à la musique, à la littérature, à la lecture … aux livres « qui nous délivrent des pesanteurs du monde », à tout ce qui illumine la vie et en fait le sel… Un livre qu’on a envie de relire comme on a envie de lire un Modiano ou de revoir les photos d’un vieil album.
Pouvez-vous nous présenter le programme du cinquantenaire ?
Du vendredi 9 octobre au lundi 12 octobre, notre manifestation présentera une exposition photos, une vidéo, des tables rondes, des lectures musicales, un parcours urbain et poétique, un atelier de pratique de lecture à voix haute, la projection du film de François Truffaut Fahrenheit 451, suivie d’une discussion.
L’originalité de ce Cinquantenaire est un parcours urbain et poétique, conçu et réalisé par la Compagnie d’Isabelle Girard « Qui cherche trouve », à partir du livre de Marie Rouzin Treize âges de la vie d’une femme (Castor Astral), ouvert gratuitement à tous à partir de 15 ans à partir du 3 octobre. Marie Rouzin, lauréate du Prix littéraire de la Ville de Caen 2019, y fait le récit d’une émancipation. L’expérience proposée implique téléphone mobile et écouteurs pour un parcours en autonomie, disponible à toute heure via l’application, et une écoute intime du texte associée à treize lieux (plus un) de Caen.
Propos recueillis par Cindy Mahout