Entre dessin et sculpture, Cécile Dalnoky explore la tendresse

Publié le 22/04/2026
Temps de lecture : 5mn
Cécile Dalnoky poursuit depuis plus de 30 ans une œuvre forte et sensible entre dessin, sculpture et peinture. A l’occasion d’une exposition itinérante en milieu rural proposée par l’Usine Utopik, l’artiste revient sur les particularités de son œuvre et les thèmes qui lui tiennent à cœur. 
© Cécile Dalnoky

Pouvez-vous nous parler de l’exposition qui est en cours à l’Usine Utopik ? 

L’exposition a lieu dans le Môme, le caMion d’expO noMade en BocagE de l’Usine Utopik, depuis le 2 mars et jusqu’au 4 juillet 2026. Le MÔME propose une exposition itinérante à destination des élèves d’écoles primaires en milieu rural. Le camion présente deux expositions par année scolaire et se déplace gratuitement à la rencontre de son public, dans un rayon de 30km autour de Tessy-Bocage. À ce jour, une trentaine d’écoles ont pu bénéficier de ce dispositif, soit plus de 5500 élèves. 

Dans le camion, les enfants découvrent 5 grands dessins de 1m x 1,45m et un bas-relief en pierre, tous réalisés pour cette expo et inscrits dans ma série (Se)Tenir. J’ai également invité une jeune artiste, Manon Leseur, à collaborer avec des pièces en laine feutrée, cohérentes avec mon thème. Les enfants peuvent toucher toutes les pièces en volume : pierre et laine. 

Un dossier et une mallette pédagogique, avec informations et déroulements d’ateliers en lien avec mon travail, ont été conçus par BrendanFravalo, médiateur culturel. 

© Cécile Dalnoky

À quoi fait écho pour vous, le thème de cette série en cours (Se)Tenir ? 

(Se)Tenir est le prolongement d’une série informelle de dessins autour de la tendresse, et une forme d’aboutissement de ma pratique du dessin. 

Mon travail a toujours été figuratif. J’ai beaucoup dessiné sans y chercher de sens, simplement parce que des situations, des gens, me donnaient envie d’en garder quelque chose. Rien, dans ce que je dessine, n’a de caractère extra-ordinaire. Pour moi, tout réside dans l’ordinaire de nos vies : il contient l’essentiel et le tragique. 

Entre l’essentiel et le tragique, je vois la tendresse comme une sorte de vertu cardinale : une valeur charnière, un point de bascule, une décision. 
La tendresse est perçue comme un sentiment petit, inoffensif. Quelque chose de nécessaire à un endroit circonscrit du domestique et du privé et qui viendrait, par petites touches, y compenser la brutalité du monde – le vaste, le puissant. 
Avec cette série et en particulier le travail en très grand format, je veux prendre le contre-pied de cette perception et donner de l’ampleur à la tendresse. Affirmer qu’elle est une force, un contrepoids possible, un levier pour se positionner, penser et agir. Lui conférer une dimension collective. 

Pour cette série, je rêve de dessins en formats géants et d’installations immersives où les visiteurs déambuleraient au milieu d’immenses manifestations de tendresse. 

Ma recherche graphique se concentre sur la justesse des postures, la sensation du poids, du contact, de l’abandon, de l’étreinte, du mouvement suspendu, de la tension ou de l’apaisement. Au-delà de ce qui se voit, je cherche à ce que les personnes sentent ce qui se passe dans les dessins et les sculptures qu’elles regardent. Qu’elles reconnaissent avec leur corps et leurs vécus la douceur, l’ambivalence, la réparation, l’inquiétude, la consolation, la paix, la force. 

© Cécile Dalnoky

Vous étiez accueillie en résidence à l’Usine Utopik en juin 2023, quel lien particulier avez-vous conservé avec ce lieu, son territoire, son public ? 

Je me sens très reconnaissante envers l’équipe de l’Usine Utopik, car depuis ma résidence d’écriture sur un projet BD en juin 2023, j’ai l’impression d’un appui et d’une forme de fidélité aux divers aspects de mon travail. 

Il y a eu l’expo (Se)Tenir de l’été 2025 dans la Galerie Utopik, l’invitation au vide-atelier en décembre – où j’ai pu recroiser l’équipe de Cancan (café-média-école), rencontrée pendant ma résidence -, puis cette expo (Se)Tenir dans le Môme. 

Lors de mon passage en décembre, j’en ai d’ailleurs profité pour offrir à l’Artotek de l’Usine un dessin réalisé pendant ma résidence. 

C’est un lieu et une équipe qui m’accorde sa confiance, qui me rend confiante et qui me donne envie de travailler, pour continuer à proposer des choses qui leur fasse envie. 

À chacun de mes passages à Tessy, je vais aussi saluer Alexia, qui m’avait accueillie dans sa librairie le Salon des Saisons, lors d’un échange avec son public pendant ma résidence. Je lui avais promis que si ma BD était publiée, elle serait la première à accueillir une séance de dédicaces ! 

Propos recueillis par Cindy Mahout  

Informations pratiques

Exposition jusqu’au 06 juillet 2026 

Usine Utopik 

Route de Pont Farcy 
50420 Tessy-Bocage 

Le MOME – Usine Utopik 

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