Hommage à Philippe Huet « Le Havre s’est imposé comme ma principale source d’inspiration »

Publié le 01/10/2026
Temps de lecture : 3mn
L’écrivain normand Philippe Huet nous a quittés brutalement le 23 septembre. Ex-grand reporter, il fut l’auteur de Quais de la colère et de nombreux romans noirs, et a obtenu le Grand Prix de littérature policière 1995 pour La Main morte. Dans une interview à paraître prochainement dans la revue Perluète, il nous parlait récemment de son attachement au Havre. Nous la publions ici.
© Philippe Huet

Quel est votre premier souvenir de la Normandie ?

Mon premier souvenir de la Normandie est étroitement lié aux bombardements qui détruisirent la plus grande partie du Havre en septembre 1944. Mais là où les choses se corsent, c’est que je suis incapable de séparer la fiction de la réalité.

Sous les bombardements donc, en septembre 1944. Ma famille est réfugiée, avec des centaines d’autres Havrais, dans l’une des grottes de l’abbaye de Graville-Sainte-Honorine. Regard fixé sur une cavité qui donne vers l’extérieur, je suis avec passion la lutte désespérée d’une araignée tentant de sauver sa toile à chaque secousse provoquée par l’explosion d’une bombe.

Fiction ou réalité ? Je n’ai toujours pas fait mon choix, et je pense que je ne le ferai jamais.

Quels sont les lieux en Normandie qui vous inspirent ? Le Havre en fait-il partie ?

Dès mes débuts, Le Havre s’est imposé comme ma principale source d’inspiration (une véritable dictature !). Je parviens désormais à rompre ces chaînes, mais le lien quasi charnel entre le port et la ville me fascine toujours… Après cinquante-trois ans
d’exil volontaire, et même si beaucoup de choses ont changé, je ressens la même fascination pour un destin soi-disant maudit (du « tapis de bombes » à la « fin des paquebots »).

Pendant un demi-siècle, quand on m’interrogeait sur Le Havre, je m’en sortais par une pirouette : « Je n’habite plus Le Havre, mais j’y vis toujours. » Aujourd’hui, je prétends que la Porte Océane, cul-de-sac ouvert sur l’infini, est à peine en Normandie. Autre pirouette.

Quel est l’auteur ou autrice de Normandie que vous admirez ou aimeriez rencontrer ?

Guy de Maupassant. Il n’y a pas au-dessus. Pour jouir de la vie, de ses pires saloperies comme de ses beautés irréelles.

Que préfère-t-il ? Il ne préfère pas, il laisse venir. Il aime tout, Maupassant, à condition d’y goûter sans se priver. On sent qu’il peut tout dilapider, sa santé, ses amours, son talent même qu’il finit par user. Et quand enfin la maladie en viendra à bout, qu’il sera cerné par la déchéance, obsédé par la mort, il est bon de se rappeler ce que disait Edmond de Goncourt : il fut « le véritable homme de lettres ».

Quel est le livre en lien avec la Normandie que vous auriez aimé écrire ?

Du Maupassant, bien entendu… On peut rêver, non ? Mais aussi, une espèce de « saga havraise » qui partirait du chantier de l’après-guerre pour s’échouer douloureusement parmi les porteconteneurs géants, dinosaures de l’ère moderne.

Quel est le lieu du livre en Normandie (librairie, bibliothèque) où vous vous sentez bien et/ou trouvez vos livres ?

La librairie du Havre La Galerne. En créant cet espace dédié à la littérature, Françoise et Gilles Delaporte tentaient une véritable gageure. Leur idéal est poursuivi aujourd’hui par leur fils spirituel, Serge (Wanstok) : faire de La Galerne une sorte de monument de la culture havraise, et en même temps un lieu de rendez-vous de l’amitié, où les Havrais prendraient plaisir à se retrouver, ou à rencontrer un écrivain invité (le boulot d’Olivier (Bouteiller)). Maintenant, quand des Havrais prennent rendez-vous, il leur arrive fréquemment de choisir La Galerne en se contentant d’un simple : « À la Librairie. »

Propos recueillis par Valérie Schmitt

Notre sélection