Des femmes à leur juste place

La redécouverte d’autrices longtemps oubliées et la réappropriation du « matrimoine » littéraire ne relèvent pas d’un effet de mode, mais d’un mouvement de fond, à la croisée de démarches historiques, scientifiques et culturelles. De nombreux acteurs normands y contribuent d’ailleurs activement, preuve que l’invisibilisation des écrivaines est un enjeu fondamental.
L’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) s’inscrit pleinement dans cette dynamique. L’intégration récente à son fonds des archives des éditions des Femmes-Antoinette Fouque marque une étape importante dans la reconnaissance de cet héritage.
Pour mémoire, cinq ans après avoir cofondé le Mouvement de libération des femmes, Antoinette Fouque crée en 1973 les éditions des Femmes, avec pour ambition de « mettre l’accent sur la force créatrice des femmes » et de rendre visible cette moitié de l’humanité longtemps marginalisée.
Des voix à faire entendre
D’autres initiatives complètent ce travail de valorisation : les ressources et actions portées par Normandie Livre & Lecture autour de figures telles que Lucie Delarue-Mardrus, la comtesse de Ségur ou Françoise Sagan, ainsi que les projets à venir consacrés à Rose Harel, poétesse et servante de Lisieux. La Poétothèque sonore développée par La Factorie contribue également à faire entendre les voix de poétesses normandes, du XIe siècle à nos jours.

La place des créatrices dans le champ littéraire demeure encore aujourd’hui un sujet. Parce que comptabiliser permet d’agir pour corriger les inégalités, l’association HF+ Normandie réalise une analyse de la place des femmes dans les programmations des manifestations littéraires dans la région. Des outils de mobilisation existent déjà, autour de la rémunération notamment. Des ressources comme celles proposées par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse autour de l’art de la négociation constituent des leviers essentiels pour renforcer l’égalité professionnelle.
Une autre question concerne la place des femmes dans les équipes professionnelles. Si les bibliothèques constituent aujourd’hui un milieu largement féminisé – près des deux tiers des postes y sont occupés par des femmes –, le métier de bibliothécaire est historiquement masculin. Les femmes n’y ont véritablement accédé qu’au début du XXe siècle. Interroger ce passé permet de mieux comprendre la répartition actuelle des fonctions et de questionner les stéréotypes de genre encore à l’œuvre. Quelle place pour les hommes au-delà du numérique, de la bande dessinée ou de la musique ? Les femmes sont-elles surreprésentées dans les domaines de la jeunesse ou de la médiation?
Sophie Noël
Une journée professionnelle dédiée
Les questions liées à l’égalité femmes-hommes dans le secteur du livre seront approfondies lors d’une journée professionnelle sur le sujet, organisée le 28 mai 2026 par Normandie Livre & Lecture, dans le cadre d’Époque (en partenariat avec l’ABF Normandie et HF+ Normandie).