Des auteurs au lycée pour faire aimer la lecture

Antoine Merdrignac, vous êtes professeur de français au lycée Napoléon de L’Aigle et vous avez accompagné pendant sept ans vos classes dans le cadre du concours de nouvelles organisé par Normandie Livre et Lecture. Que retenez-vous de cette expérience ?
L’intérêt du concours, c’était de faire travailler les élèves sur le genre de la nouvelle pour leur faire éprouver le plaisir de la création littéraire. Dans ce cadre, Normandie Livre & Lecture proposait un parcours Métiers du livre qui permettait de rencontrer les principaux acteurs de la filière : auteurs, éditeurs, libraires… Ceci dit, parvenir à donner le goût de la littérature à tous les élèves semble de plus en plus utopique.
Pourquoi utopique ?
Je pense que les lycéens ne donnent pas le même sens que moi au projet. Le concours engage les élèves dans un travail de création, mais depuis deux ans, la donne a changé avec ChatGPT : le recours à l’IA est devenu un réflexe. Cela rompt le lien de confiance avec les élèves et paralyse leur imagination. Il faudrait dorénavant envisager la participation à ce type de concours de façon manuscrite, afin de redonner aux jeunes confiance en eux. L’ordinateur est utile pour partager les corrections, conseiller, mais nous devons contrecarrer cette pression numérique qui perturbe l’apprentissage des adolescents.
La rencontre d’un auteur peut-elle provoquer un déclic ?
Je le crois fondamentalement. Après Patrick Bard l’année dernière, nous accueillerons Guillaume Huon en mai dans quatre classes. Pour les élèves, c’est le moyen d’appréhender la littérature comme un art et pas seulement comme une matière scolaire. Rencontrer le romancier, c’est rencontrer l’artiste vivant. Il vous parle de ses doutes, de son inspiration, comment il est venu à créer. Avec beaucoup de chance, cela conduira quelques élèves à écrire. Ils comprendront alors que c’est l’aboutissement d’un travail créatif « 100 % humain ».
Comment allez-vous préparer cette rencontre ?
Par le biais d’un carnet de lecture où les élèves sélectionneront un ou plusieurs passages qui les auront émus. Je leur proposerai de faire des travaux de réécriture, de pastiche. Ce travail en amont permet, selon moi, de donner plus de sens à la rencontre de l’auteur.
Comment parlez-vous de littérature à vos élèves ?
Comme un professeur de français évidemment, mais également de la même manière qu’à mes proches, en m’impliquant personnellement : je ne cherche pas à cacher mon avis sur le livre, au contraire. J’aurais arrêté d’enseigner si je ne croyais plus au plaisir suscité par la littérature.
Propos recueillis par Stéphane Maurice/Aprim