Céline Malorey : « Explorer la mémoire intime de Trouville-sur-Mer »

Pourriez-vous rappeler, en quelques phrases, le sujet de cette résidence à Trouville-sur-Mer ?
À l’occasion du bicentenaire de la ville, Trouville-sur-Mer a mis en place une résidence de création d’un mois au Musée Villa Montebello, destinée aux auteurs et autrices (roman, poésie, littérature jeunesse…). Cette résidence offrait un temps de recherche et d’écriture, invitant les candidats à inscrire leur réflexion dans le thème « Trouville-sur-Mer fête ses 200 ans ».
Dans ce cadre, j’ai choisi de travailler à partir d’un corpus de cartes postales anciennes récemment entré dans les collections du musée, afin d’explorer la mémoire visuelle et intime de la station balnéaire.

Est ce qu’il s’agissait de votre première résidence ?
J’ai eu l’opportunité de participer à deux autres résidences en Normandie. L’une, consacrée à l’écriture de scénario, m’a permis de développer Mon ange, un court métrage fantastique explorant la figure du double et la puissance de l’inconscient. L’autre, dans le cadre du dispositif « Du Soleil entre les lignes », a donné naissance au projet « Échangeons nos mots » : des ateliers d’écriture intergénérationnels et interculturels réunissant des personnes âgées en résidence autonomie et des personnes exilées accueillies en Centre d’Accueil et d’Orientation. Un recueil consultable en ligne est né de cette rencontre. Il rassemble des textes écrits à plusieurs voix.
Pourquoi avoir accepté ce projet de résidence ?
S’extraire du quotidien et de ses contraintes, disposer d’un temps entièrement dédié à la création, écrire dans un lieu inspirant et nourrir son imaginaire au contact d’un territoire : telle était la richesse de cette résidence. L’accès aux archives a apporté un ancrage concret au projet tout en préservant la liberté artistique. J’ai eu un véritable coup de cœur pour le musée : ses collections, son atmosphère, sa lumière… Cette immersion a conforté une démarche qui m’est chère : inscrire le travail d’écriture au cœur des lieux de patrimoine afin d’en valoriser les trésors et de les partager avec les lecteurs.
Dans le cadre de votre résidence, quelles sont les rencontres qui vous ont marquées ?
Plusieurs temps de rencontre étaient prévus pendant la résidence. J’ai été particulièrement touchée par l’intervention dans une classe de CE1-CE2 de l’école primaire René Coty de Trouville. Ensemble, nous avons écrit des cartes postales poétiques que nous avons déposées dans une boîte scellée. Cette capsule temporelle, désormais conservée au Musée Villa Montebello, ne sera ouverte qu’en 2125, dans 100 ans. J’ai aimé écouter les enfants me parler de leur ville, de ses couleurs, ses bruits, ses mouettes… et ses glaces ! Toutefois, mes plus belles rencontres restent sans doute celles, silencieuses, avec les fantômes des cartes postales : ils continuent de me hanter et de me raconter leurs histoires.

Quelle est la suite donnée au travail mené dans le cadre de cette résidence ?
Le 21 février dernier, lors de la restitution publique à la Médiathèque de Trouville, une ébauche du travail inspiré des cartes postales a été lue devant soixante-dix spectateurs. Ce fut, là encore, un moment riche en échanges et en partage. Monsieur Hubert Moisy a consacré sa vie à constituer ce fonds de près de 12 000 cartes postales. Aujourd’hui, son œuvre trouve un prolongement inattendu dans cette transformation en matériau poétique. Présent dans le public, son fils a exprimé son émotion en découvrant que cette collection, patiemment assemblée au fil des ans, allait continuer de vivre autrement, non plus seulement comme archive, mais comme source d’inspiration et de création.
Est-ce que cette expérience va d’une manière ou d’une autre enrichir votre travail d’autrice ?
Cette expérience a profondément enrichi mon travail d’autrice. Dans mon écriture, j’explore la relation intime entre l’homme et son environnement, avec une attention particulière aux rivages et aux lieux historiques. En me permettant de m’immerger dans des archives, la résidence au Musée Villa Montebello a confirmé mon goût pour le travail sur la mémoire et les traces laissées par ceux qui nous ont précédés. Elle m’a également poussée à réfléchir à une forme capable de transmettre l’émotion née de cette rencontre avec les âmes du passé. Elle a enfin ouvert de nouvelles perspectives, en me donnant l’élan de prolonger ce travail au-delà de la résidence, sous des formes éditoriales et scéniques.
En dehors de cette résidence, quels sont vos projets en cours, pouvez-vous nous parler de votre actualité littéraire ?
Ces prochains mois, je vais me consacrer à la poursuite du travail initié durant la résidence. Deux projets sont en cours : le premier prend la forme d’un journal hybride, composé de fragments inspirés du recto et du verso des cartes postales. Les textes seront enrichis de QR codes permettant de consulter les archives correspondantes. Avis aux éditeurs normands : nous recherchons actuellement une maison d’édition pour concrétiser cette publication en partenariat avec le Musée Villa Montebello. Le second se prépare avec une artiste visuelle et un musicien : il s’agira d’une création scénique mêlant lecture balnéaire, vidéos et chansons originales composées pour l’occasion.
Propos recueillis par Cindy Mahout