Tom Buron en résidence à la Cabane des Baraques Walden

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Publié le 18/09/2026
Temps de lecture : 7mn
Entre avril et août 2026, Tom Buron s’est installé à la Cabane du parc de l’Abbaye de Jumièges (76). Il y a poursuivi l’écriture d’un livre qui évoque la guerre en Ukraine, à laquelle il a pris part.
© Tom Buron

Il y a vécu ces trois dernières années, avec son lot d’événements tragiques, qui ont profondément bouleversé son existence et sa manière de voir le monde. Il a donc récemment commencé à travailler sur ce temps passé en Ukraine, reprenant son journal, expérimentant des formes différentes en prose. 

Le manuscrit qu’il a poursuivi durant cette résidence a donc eu pour projet de traduire une expérience (la sienne durant ces trois années), celle de la guerre en Ukraine en tant que volontaire dans l’humanitaire, la logistique, et au sein de l’armée.  

La fiction est privilégiée pour lui permettre d’englober bien plus de thématiques et d’enrichir le propos.

Projet artistique en résidence 

Entre 2022 et 2024, alors que j’avais mis l’écriture de côté, je me suis rendu en Ukraine à de nombreuses reprises pour différentes missions humanitaires, afin de participer à l’effort de guerre, avant de faire un petit temps dans l’armée. Reprenant le chemin de l’écriture en 2025, il me fallait travailler à cet endroit-là, avec ces événements-là. C’est donc sur des récits ukrainiens que j’ai continué à travailler durant mes moments de résidence à Jumièges.

En l’état, il s’agit d’une collection de récits de fiction inspirés de mes carnets remplis durant la guerre et qui représentent plus d’une centaine de pages de notes, un regroupement d’histoires concernant principalement les volontaires étrangers qui ont fait le choix de partir en Ukraine et qui suit donc ce que j’ai commencé avec Le nom de la bataille paru récemment. La fiction, je le crois, me permet d’englober bien plus de thématiques et d’enrichir le propos. 

Est ce qu’il s’agissait de votre première résidence ?  

J’ai déjà eu la chance de connaître quelques résidences par le passé, mais peu. En Normandie, à la Factorie tout d’abord, mais aussi à la Maison de la poésie et de l’oralité de Rouen, à l’époque où je ne vivais pas encore dans cette ville et où la MPO n’avait pas de véritables locaux. Nous étions alors logés sur des vedettes, dans le port de plaisance et nous travaillions au Foyer des Marins. J’ai également été en résidence à la Maison de la poésie du Pays de Quimperlé, dans le Finistère.  

Pourquoi avoir choisi ce lieu de résidence ?  

Il faut commencer par dire que les Baraques Walden, par la cabane, offrent un cadre exceptionnel dans le parc de l’Abbaye de Jumièges. Mais ce n’est pas tout. Sans accès direct à l’eau et à l’électricité, elle offre une intéressante réclusion, permet au résident de revenir aux gestes essentiels : en ce qui me concerne, c’est précieux pour la concentration et le travail. J’aime cette sobriété-là. Personnellement, j’y retrouve un mode de vie que j’affectionne et que j’ai connu lors de mes nombreux voyages, avec peu de moyens. Je m’écarte du bruit de la ville, de ses tentations, je me confectionne des repas simples, je bois des litres de thé noir et je ne fais, en somme, que lire et écrire. 

© Tom Buron

Comment vivez-vous cette transition, entre votre engagement sur le Front Ukrainien et votre présence, ici, dans le cadre (propice au recueillement) du parc de l’Abbaye de Jumièges?  

Je ne suis pas retourné en Ukraine depuis l’automne 2024, cela fait donc plus d’un an et demi que je vis ce pays sur des souvenirs et dans la presse, dans les messages que j’échange avec mes amis qui sont encore sur place. Une cabane dans le parc de Jumièges et un hangar proche du front n’ont, en effet, pas grand chose à voir mais il m’appartient de retrouver des sensations et de pouvoir les faire jaillir dans un récit. L’Ukraine est, quoiqu’il en soit, en moi de manière permanente. Je vais vous dire, quitte à répondre à côté : de par ce vécu, je me sens aujourd’hui sacrément chanceux de tout ce qui m’arrive, et donc de cette résidence, de cette réclusion possible, de ce temps de recueillement qui m’est offert et qui me permet une grande qualité de concentration. 

Écriture et engagement sont-ils forcément liés pour vous ? est-ce que l’écriture vous engage ?

J’ai horreur de ce qu’on appelle communément les « écrivains engagés » : je suis simplement allé en Ukraine en tant que garçon désirant être utile, désormais, je la traite en écrivain. La position de l’engagement chez l’auteur a tendance à réduire le reste, elle prend toute la place. Je suis simplement un écrivain, et il se trouve que j’ai participé à la guerre d’Ukraine et que je me dois de rendre une expérience, la mienne, celle de mes camarades là-bas, dans l’humanitaire et dans l’armée. L’écriture m’engage, moralement, à cet hommage. 

Aviez-vous des appréhensions/ des doutes sur votre projet qui ont pu être résolus pendant cette période ? 

Il y a heureusement toujours des doutes mais il faut savoir manœuvrer. Non à l’hésitation et oui au doute, c’est une philosophie de vie. Disons que je me posais différentes questions d’ordre purement technique et, à un moment donné, dans la cabane, parce que la réclusion avait aussi eu un impact sur la réflexion, j’ai accepté de commencer par un point pour aller le plus loin possible, de choisir un fil à tirer. Un écrivain n’a pas de panne d’inspiration, la page blanche vient d’un doute structurel, il se demande si cet axe est le bon, si ce chemin est celui qu’il faut emprunter pour prendre par les cornes ce qu’il doit prendre par les cornes.

Pourriez-vous décrire une rencontre ou un moment fort de votre résidence ?  

J’ai dû fractionner ma résidence car j’étais constamment sur les routes, cette année, pour continuer à accompagner Les cinquantièmes hurlants (éd. Gallimard, 2025) et présenter Le nom de la bataille (éd. 49 pages, 2026). Lorsque je suis revenu fin juin à Jumièges, les très grandes chaleurs sont arrivées avec moi. Vous pouvez imaginer ce que cela peut signifier dans une cabane en bois, n’est-ce pas ? Une nuit, l’orage a frappé comme jamais, continuant toute la nuit durant. Il m’a réveillé, m’a stimulé et m’a poussé à l’écriture jusqu’au petit matin. Le lendemain soir, un peu plus de vingt-quatre heures avant mon départ prévu, le parc dut être évacué aux vues des alertes météorologiques, les orages allant redoubler de violence : on vint alors me demander de quitter les lieux le plus rapidement possible.  

Quelle suite pour votre projet d’écriture ?   

Il va me falloir encore du temps pour mener à bien ce projet. Je ne suis pas pressé, je veux en être totalement maître, et je n’ai heureusement aucune pression d’aucun éditeur. C’est assurément un tournant pour moi, dans ma vie d’homme et dans ma vie d’écrivain. Il s’agit d’être à la hauteur.  

Propos recueillis par Cindy Mahout   

Ce projet a bénéficié d’un soutien de la DRAC de Normandie, de la Région Normandie et du CNL au titre du FADEL Normandie.  

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