Sur la trace des manuscrits italiens de Louviers

En 1502, le roi Frédéric Ier de Naples (1452-1504), alors exilé en France, vend une partie importante de sa bibliothèque au cardinal Georges d’Amboise (1460-1510), principal conseiller du roi de France Louis XII (1498-1515). Archevêque de Rouen et fervent admirateur de l’art italien, Georges d’Amboise vient alors de lancer un ambitieux chantier de restauration pour l’aménagement du château de Gaillon et de ses jardins, faisant ainsi du lieu l’un des premiers foyers de la Renaissance française inspirée de la Renaissance italienne. Les travaux sont réalisés de 1502 à 1509 et la création d’une bibliothèque fait partie intégrante du projet.
L’inventaire des biens de Georges d’Amboise – dressé le 20 septembre 1508 en prévision de la venue à Gaillon du roi Louis XII et de la reine Anne de Bretagne – signale 218 volumes dans la bibliothèque des archevêques de Rouen du château de Gaillon, dont 138 manuscrits provenant de l’ancienne librairie des rois aragonais de Naples. Fruits de la Renaissance italienne du XVe siècle, ces livres sont des chefs-d’œuvre des écoles d’enluminure de Florence, de Rome et de Naples. Leurs décors influencent alors profondément certains artistes normands et parisiens.
Dans les affres de l’histoire
À la mort de Georges d’Amboise en 1510, la bibliothèque du château de Gaillon reste la propriété des archevêques de Rouen. En 1571, son successeur, le cardinal Charles de Bourbon, transfère une vingtaine de manuscrits latins, à caractère religieux, du château de Gaillon à la chartreuse de Bourbon-lès-Gaillon, qu’il a fondée en 1563.
À l’issue des confiscations révolutionnaires, les livres de cette abbaye sont affectés au district de Louviers, où ils sont inventoriés en 1798. Parmi les 66 manuscrits de la chartreuse de Bourbon-lès-Gaillon décrits dans cet inventaire, 23 ont été identifiés comme provenant de la bibliothèque des archevêques de Rouen du château de Gaillon. La plupart de ces manuscrits ont appartenu à l’ancienne bibliothèque des rois aragonais de Naples. Malheureusement, avant la création de la bibliothèque municipale de Louviers en 1833, de nombreux vols sont perpétrés : seuls trois manuscrits italiens sont encore présents au moment de l’inventaire des manuscrits dressé en 1842. Quatre autres volumes, dont celui restitué l’été dernier, étaient entrés dans la bibliothèque du collectionneur rouennais François Frédéric Bourdin (1799-1862).
Stéphane Lecouteux

Pour en savoir plus :
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