Portrait de libraire : Nadège Ménassier de La Distillerie à Pont l’Évêque

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer une librairie ?
L’envie de créer une librairie a grandi avec l’idée de faire converger dans un même espace des pratiques culturelles qui, selon moi, sont indissociables et corrélées : littérature, musique, peinture, théâtre peuvent dialoguer sur la scène et déployer toute la puissance du livre qui doit rester au centre du vortex. Tout ici parle de livre. En construisant le projet, j’ai cherché le lieu qui correspond au projet et non l’inverse, un lieu patrimonial avec une âme, et de l’espace pour se mouvoir, respirer, partager, s’attarder, s’émerveiller et profiter. Le livre est mis en valeur dans un cadre soigné et décliné autour des événements pluriels chaque semaine. J’ai souhaité bâtir la librairie telle que je la rêvais, un lieu de vie, d’inspiration et de plaisir.
Avez-vous fait une formation spécifique pour devenir libraire ?
Oui, il s’agit d’une reconversion pour moi. Agrégée d’anglais, j’ai travaillé 23 ans en tant que professeur de littérature et de langue anglaise mais il était indispensable d’apprendre la spécificité et la complexité du métier de libraire en reprenant une formation à la base pour appréhender tous les défis de l’entreprise culturelle. J’ai donc suivi la formation « Créer ou reprendre une librairie » à L’Ecole de la librairie (Maisons-Alfort, 94) qui se fait en alternance avec des stages sur le terrain. Cette formation est très précieuse.
Vous avez ouvert votre librairie en décembre 2025, comment a été l’accueil ?
L’accueil a été fabuleux, reconnaissant car conscient du défi et de la gigantesque ambition dans le contexte actuel, admiratif devant l’énergie déployée et la beauté du projet. Le public est rapidement venu de loin, des sourires pleins les lèvres et les yeux pétillants pour découvrir ce nouveau lieu de vie et de culture, conquis par le bâtiment, une ancienne distillerie d’un cachet certain, mais aussi par le fonds et les choix éditoriaux qui vont creuser les catalogues. Un pur bonheur.
Que trouve-t-on dans la librairie ?
Des livres, un piano à queue et deux violoncelles, un bar chiné à Nohant chez George Sand et des coups de cœur ! Les six grands rayons d’une librairie généraliste sont présents (Littérature, Sciences humaines, Beaux-Arts, Jeunesse, BD Mangas et Pratique), avec un attachement particulier pour le fonds et les petites maisons d’édition. J’ai un faible pour l’objet livre et le beau livre, la poésie et la musique.
Après quelques mois d’activité, la réalité du métier correspond-elle à vos attentes ? Qu’appréciez-vous le plus dans le métier de libraire ?
La réalité dépasse mes attentes. Il y a un tel souffle d’enthousiasme, une vraie qualité d’échange avec le public, les maisons d’éditions et les auteurs. Ce que j’aime le plus et qui me ravit au quotidien, c’est de faire mouche avec un conseil client, la confiance qui se développe au fil des recommandations qui visent juste, les lecteurs qui reviennent et disent merci pour la découverte. Et bien sûr, j’adore les rencontres avec les auteurs travaillées en amont dans l’intimité du livre pour faire affleurer le jour J toute la spécificité de l’œuvre, soudain incarnée devant nos yeux.
Qu’est-ce qui vous paraît le plus difficile dans le métier de libraire ?
L’intensité perpétuelle, le non-stop 7/7, 15 heures par jour, qui doit, de surcroît, malgré une foi absolue dans ma mission, se déployer dans un environnement pessimiste.
Quels sont vos projets dans un futur proche ?
Continuer à développer les projets transversaux qui mettent le livre au cœur du vivant, multiplier les rencontres et créer un festival de littérature / nature/ vin autour du vivant.
[infos pratiques]
La Distillerie
7 place Vauquelin
14130 Pont l’Évêque