Main basse sur l’or bleu

Ce second roman publié chez Gallimard, intitulé si poétiquement Prélude à la goutte d’eau, en écho à l’œuvre de Chopin, nous entraîne sur un nouveau terrain, celui du thriller écologique.
Ce récit d’anticipation, situé entre 2050 et 2060, alors que les canicules à répétition redessinent le paysage mondial, esquisse le portrait d’un entrepreneur, Erik Dolomont, qui a bâti sa fortune sur l’exploitation de la crise climatique. Le roman débute donc sur une scène des plus étonnantes, celle d’un iceberg traqué et tracté depuis le Grand Nord jusqu’au Maroc pour en revendre l’eau douce au prix fort. Face à lui, Samira, une juriste spécialisée dans la défense de la nature, cherche une faille pour s’opposer au projet. À travers la trajectoire de Samira, l’auteur nous invite à réfléchir aux enjeux climatiques et migratoires de notre temps.
Rémi David, qui s’est documenté pendant deux ans, explore comment l’eau, cet or bleu, est en passe de devenir une ressource plus précieuse et plus lucrative que le pétrole dans la quête des spéculateurs. Il soulève de nombreux sujets de réflexion. Quel est le statut juridique d’un iceberg ? À qui appartient l’eau ? Qui peut défendre la nature devant les tribunaux ?
Mêlant tension et rebondissements, il transporte ses lecteurs de la Guinée à la Suède, en passant par le Maroc et la France, comme ces réfugiés climatiques, impuissants face aux sécheresses devenues la norme en 2050.
Rémi David renouvelle le regard sur un sujet environnemental. L’iceberg, d’espace fantasmagorique, devient espace écologique autant qu’enjeu spéculatif. Par son geste littéraire, il invite à rompre la théorie pour dessiner d’autres imaginaires.
Ce Prélude à la goutte d’eau confronte et invite à une fiction tout à la fois crédible et sensible. Il fait partie, en cela, d’un mouvement de fond d’artistes et de penseurs qui s’emparent de sujets scientifiques qu’ils confrontent à des recherches sensibles pour décentrer et régénérer notre regard, notre façon de comprendre le vivant.
Cette pensée du vivant est une invitation à réfléchir au monde de demain.
Cindy Mahout
Mots choisis
« L’humain n’était pas le chef d’orchestre de la vie sur terre, il était une note de la partition où chacune et chacun,
dans cette symphonie cosmique, avait son rôle à jouer. […] En défendant un iceberg, un fleuve, une montagne ou un lac, il s’agissait de protéger nos propres droits humains, à l’air, à l’habitat, à l’alimentation, à la santé, voire à la vie. » (p. 42)