Louise Rose : à la manière de Raymond Queneau

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Distributeur de la gare de la ville la plus peuplée de Normandie, une gaufre suspendue entre vitre et vrille, autour d’elle des gens traînent d’autres attendent, leurs regards sont vides et l’heure dérive. De graves retards s’invitent sur les écrans de la gare de cette ville où les gens qui n’y sont jamais allés disent vite c’est moche là-bas non / c’est la ville qui a été bombardée non / il pleut tout le temps là-bas non. Les gens s’en foutent de la réponse comme quand ils disent vite comment ça va sinon / tu fais quoi dans la vie sinon / fait chaud hein. C’est la question con, c’est la question qu’on veut, c’est la question convenue, aussi convenue qu’il est convenu de remettre en place un bouton perdu, un connard qui dépasse les limites, la gaufre, l’attente, le sale hasard, ou encore le point d’interrogation sur quand atteindre l’autre ville et sa gare, cette ville où les gens qui n’y sont jamais allés disent vite c’est la plus belle ville du monde non / c’est la ville du film-là non / il pleut tout le temps là-bas non mais moins qu’ici quand même hein. Passion passer le temps en semant le chaos derrière un air de jdissajdirien. Les gens s’en foutent de la réponse à la question de la pluie, c’est juste histoire de conclure qu’on viendra pas ici en vacances / le ciel est incontinent / en plus la plage c’est des galets. Le train ne s’attend plus car la gare fêle, la canicule annule tous les retards, les gens crient au canular, c’est automatique. Distributeur de la ville la plus peuplée de Normandie, derrière les vitres les gens vrillent. La gaufre et les trains sont suspendus.
Ce texte est une tentative de saisir cette manière qu’on a de se lier à autrui un court instant en égrenant des préjugés (ici ceux sur la ville du Havre : sa pluie, sa laideur et ses galets), histoire de ne pas trop s’impliquer, juste le temps que ce qu’on attend arrive, ici en l’occurrence le train. La gare agit en tant que décor en référence à Exercices de style de Raymond Queneau, où la situation se déroule également dans ce lieu de passage. Le titre // renvoie à la volonté de créer des parallèles et mises en abyme entre les comportements des humains et la banalité de l’environnement dont ils sont les passagers. »
À l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition de Raymond Queneau, figure majeure née au Havre, Louise Rose propose une série de cinq variations inspirées des célèbres « Exercices de style ». // est le premier texte proposé.
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Bio express
Artiste-auteure très souvent en balade, Louise Rose a rejoint l’OuLiPo en 2026, après avoir suivi le master Création littéraire du Havre. En 2026, elle a également bénéficié de PAGE (Parcours Accompagnement Groupe Emergence), dispositif de soutien aux professionnels émergents, porté par N2L. Ses textes se composent autour du quotidien, de l’espace, du temps et des détails infimes. On y trouve souvent des mots et des gens qui n’existent pas. En 2025, son premier roman Les Projectiles est publié aux éditions P.O.L. Raconter une histoire dans l’ordre n’est pas dans ses cordes.