Des livres à hauteur d’enfants : les 10 ans des éditions L’Étagère du bas

Comment est née la maison d’édition L’Étagère du bas ?
Disons qu’il y a eu un faisceau d’éléments concomitants : j’ai eu deux enfants et je me suis littéralement jetée dans la littérature jeunesse avec eux ! Petit à petit, les livres jeunesse ont pris de plus en plus place (au sens propre comme au sens figuré) et l’idée de créer un blog avec nos lectures préférées a fait son chemin…
À ce moment-là, j’étais correctrice dans l’édition. Mon blog m’a permis de réaliser à quel point la littérature jeunesse était le milieu dans lequel je me sentais le mieux et que j’avais aussi envie d’en faire mon métier. Avec Fredrik, mon mari, nous avons décidé de nous lancer et de monter notre maison d’édition pour enfants fin 2016. Lui aussi est passionné de littérature jeunesse et, à l’origine, la maison a été créée pour donner vie à un personnage culte suédois qui s’appelle Plupp (Fredrik est d’origine suédoise), d’autres livres scandinaves et publier aussi, bien entendu, des créations françaises.
Connaissant bien la chaîne du livre, les choses se sont faites naturellement et assez rapidement : publier des albums illustrés (pour les enfants de 2 à 11 ans) à hauteur d’enfants, c’est-à-dire des ouvrages qui s’adressent véritablement à eux et qui font confiance à leur intelligence, à leur perception des choses… De beaux albums avec des textes intelligents, tendres, de l’humour et des histoires qui prônent souvent le dépassement de soi afin d’accompagner au mieux les enfants dans leur développement. Aujourd’hui, travailler au milieu des livres et des enfants est une évidence, je ne m’imagine pas faire autre chose…

Qu’est-ce qui a changé selon vous sur le marché du livre jeunesse en 10 ans ? Quels changements chez les jeunes lecteurs avez-vous pu observer ?
Il est impossible de ne pas parler du Covid, de la crise du prix du papier et des conséquences malheureuses qui ont suivi. Depuis quelques années, c’est plus difficile pour le secteur du livre que ce soit du côté des éditeurs mais aussi pour les libraires. Avec l’inflation, la culture est forcément touchée et il y a moins de budget pour les achats bonus. Nous devons redoubler d’efforts pour séduire les lecteurs (parents et enfants). Mais, il suffit de fréquenter des salons du livre pour se rassurer sur la question : voir les familles qui aiment les livres, qui continuent à en acheter (même si c’est moins qu’avant) et des enfants qui ont les yeux qui brillent devant les couvertures des ouvrages. L’espoir revient immédiatement et donne du sens à notre travail !
Ensuite, je ne vois pas vraiment de changement chez les jeunes lecteurs. Malgré la présence des écrans dans notre société, je peux vous affirmer que n’importe quel enfant de 3/4 ans aime les livres et ne refusera pas la proposition d’un.e adulte lui proposant une histoire à partager. Lire, l’envie de lire, ça se cultive et c’est la responsabilité des adultes.
Pour les plus grands enfants qui commencent à décrocher, je donne deux conseils : continuer à lire ensemble et faire de la lecture à voix haute, puis aller en librairie et laisser l’enfant/l’ado dire aux libraires ce qu’il aime (les libraires ont l’habitude et ont d’excellentes recommandations à donner), savoir s’effacer à ce moment-là et le laisser échanger avec un.e adulte sur le sujet. Il (ou elle) repartira tout fier avec son livre et aura davantage envie de le lire que si son parent choisit pour lui.
Je fais aussi partie de ceux qui pensent qu’il y a de la place pour tout : les livres, les écrans (que je ne diabolise pas), les ami.e.s, le sport, le dessin, etc. Tout est une question d’équilibre…
Quelles sont vos grandes orientations ou prochains défis pour les futures années ?
Dans le futur, j’ai tout d’abord envie de continuer à faire ce métier que j’aime tant et garder ma liberté éditoriale tout en réussissant à me développer davantage. La concurrence est rude (et à la fois incroyablement stimulante) en France, nous sommes nombreux à publier pour la jeunesse !
Premièrement, j’aimerais avoir plus de livres cartonnés pour les tout-petits, ça manque à mon catalogue.
Deuxièmement, fin 2025, nous avons fait un ouvrage qui mêle photographies, textes et illustrations, Même quand tu ne me vois pas, le succès a été au rendez-vous et il est prévu de développer ce type de livre. Un deuxième est prévu au printemps 2027 et il sera question d’une déambulation dans les rues de Rouen : La Promenade de Cléo.
Troisièmement, continuer à faire des albums pour les « grands » de 8-12 ans. On veut tellement ne faire lire que des romans à ce public-là ! Je trouve cela très dommage car certains aiment encore beaucoup les albums et on leur fait parfois sentir que c’est trop « bébé », que c’est regrettable ! À cet âge-là, via les albums, beaucoup de thématiques peuvent être abordées et le regard artistique, le sens critique et la réflexion sur le texte s’étoffent, c’est très stimulant. Voilà pourquoi je me suis spécialisée dans la publication d’album : c’est un ouvrage complet avec du texte, des images et un rapport texte-image à questionner. Tout un programme !
Propos recueillis par Valérie Schmitt