Intelligence artificielle : quels impacts pour les illustrateurs, illustratrices, traducteurs, traductrices et les bibliothèques ?

Du côté des illustrateurs
Les illustrateurs déplorent, à l’image de la Ligue des auteurs professionnels, que des médias, éditeurs, festivals ou agences de communication utilisent des IA génératrices d’images, créant « une distorsion de concurrence ». Outre la baisse de leurs commandes, ils dénoncent une atteinte aux droits d’auteur, puisque les IA utilisent leurs images comme des illustrations libres de droits ou s’en inspirent pour en créer de nouvelles…
Du côté des traducteurs
HarperCollins, deuxième éditeur de livres dans le monde, a annoncé fin 2025 à ses traducteurs français la fin de leur collaboration pour leur préférer la traduction automatique via l’IA, quand d’autres éditeurs, en revanche, réaffirment le rôle essentiel des traducteurs et des illustrateurs.
ATLAS et l’ATLF – les deux associations représentantes des traducteurs littéraires en France – alertent. Pour elles, « la traduction doit continuer d’être défendue comme une activité intellectuelle, nécessaire, bénéfique et profondément humaine ». Elles mettent en avant l’impact écologique de l’IA, l’appauvrissement de la culture, de la langue, le contournement de la propriété intellectuelle ainsi qu’une précarisation des professionnels concernés, réduits à de la post-édition (relire et corriger la traduction générée par l’IA).
Les réflexions en cours questionnent sur la place que nous pouvons et souhaitons donner à l’IA dans la création artistique. Au Japon, elle est devenue une alliée du droit d’auteur pour traquer tous les mangas pirates qui prolifèrent en ligne. Le constat général est en faveur d’une régulation de son utilisation. Les associations de professionnels demandent que le recours à l’IA pour écrire, traduire ou illustrer « soit mentionné comme tel et une transparence totale quant à ces pratiques déjà en vigueur dans l’édition ».
Du côté des bibliothèques
Ici aussi l’IA s’impose progressivement, sans pour autant en bouleverser les valeurs fondatrices. Outils d’aide à la recherche documentaire, recommandations de lecture ou d’écoute musicale, automatisation du catalogage ou encore études et analyses des usages : l’IA est un outil précieux pour effectuer certaines tâches techniques. Ces évolutions permettent aux bibliothécaires de dégager du temps pour accompagner les publics et valoriser les ressources.
Elle soulève cependant des questions majeures en matière d’écologie, d’éthique, de protection des données et de pertinence de l’information. Pour les bibliothécaires, l’enjeu est non seulement technologique, mais aussi culturel et social. Il est important de comprendre ces outils, de les interroger et de les intégrer de façon responsable, afin d’accompagner les publics dans leurs propres usages, et de renforcer le rôle de la bibliothèque comme espace d’éducation aux médias et au numérique, et d’accès équitable au savoir.
Cindy Mahout et Alexandra Guéroult-Picot
L’IA dans la chaîne du livre : comprendre, expérimenter, accompagner : une journée professionnelle, sur ce sujet, est organisée le jeudi 15 octobre 2026 à la Médiathèque départementale de Seine-Maritime