Gaspard Koenig « Flaubert n’est pas tendre sur son terroir, et pourtant il en a tiré des histoires universelles »

Publié le 18/05/2026
Temps de lecture : 3mn
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Quel est votre premier souvenir de la Normandie ?

Ma famille est originaire d’Évreux. Je me souviens de la petite rivière l’Iton où je jouais enfant, d’un restaurant, sur la place de l’église, où l’on pratiquait encore le trou normand, et, plus loin, de la forêt de Conches où je me promenais avec mon grand-père maternel. Il était chasseur et faisait cuisiner son gibier dans une petite auberge de forêt au bord d’une mare, dont j’ai un souvenir enchanté. Le patron s’appelait le « père Poutard », ça ne s’invente pas !

Quels sont les lieux en Normandie qui vous inspirent ?

J’ai migré en Basse-Normandie, dans l’Orne, dans une micro-région qu’on appelle parfois la « Suisse normande » et dont je préfère le nom historique : le pays d’Houlme. Ce n’est pas la Normandie des grandes plaines, ni celle des colombages, ni celle des impressionnistes. C’est le pays du granit, plus dur et plus secret : des ruisseaux qui méandrent, des maisons lourdes et sombres, des vallons tout en plis et surplis… La topographie nous a préservés du remembrement et il reste encore beaucoup de haies et de chemins creux où l’on se sent caché, lové, protégé des fureurs du monde.

« La “Suisse normande”, ce n’est pas la Normandie des grandes plaines, ni celle des colombages, ni celle des impressionnistes. C’est le pays du granit, plus dur et plus secret. » © Aprim

Quel est l’auteur ou autrice de Normandie que vous admirez ou aimeriez rencontrer ?

Flaubert ! J’ai traversé le pays d’Auge à cheval cet été. Sur la route, au rythme du pas, je lisais Un cœur simple à ma fille : on y retrouve tous les lieux que nous traversions… Flaubert n’est pas tendre sur son terroir, et pourtant il en a tiré des histoires universelles. C’est ce qui fait tout l’intérêt de son écriture.

Flaubert est l’auteur normand qu’admire le plus Gaspard Koenig. © Wiki_Commons

Quel est le livre en lien avec la Normandie que vous auriez aimé écrire ?

Sérotonine. À mes yeux le meilleur livre de Michel Houellebecq, où son héros entrevoit la possibilité du bonheur (près de Clécy, justement), avant bien sûr de tout gâcher. Houellebecq décrit la Normandie contemporaine, avec ses problèmes industriels et agricoles, pas le bocage fantasmé. C’est également ce que j’essaye de faire, en mettant en scène le village de Saint-Firmin dans ma tétralogie sur les quatre éléments.

« Sérotonine est à mes yeux le meilleur livre de Michel Houellebecq, où son héros entrevoit la possibilité du bonheur, près de Clécy. »

Quel est le lieu du livre en Normandie (librairie, bibliothèque) où vous vous sentez bien et/ou vous trouvez vos livres ?

La médiathèque de Condé-sur-Noireau, sympathique, vivante et bien achalandée. J’y trouve notamment une très riche documentation sur Jules Dumont d’Urville, un explorateur de la première moitié du XIXe siècle originaire de Condé, dont le portrait traversera un de mes prochains livres.

Propos recueillis par Valérie Schmitt

Gaspard Koenig vient de publier Aqua, son dernier roman, aux éditions de l’Observatoire.

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