Exposition « Le chant des pissenlits » : trois artistes, une même attention au vivant

Publié le 10/04/2026
Temps de lecture : 5mn
La galerie Alexandre à Bernay, accueille l’exposition Le chant des pissenlits du 18 avril au 23 mai 2026 : un projet commun porté par Sarah Fouquet, Marion Arbona et César Canet. Ils interrogent la nature à travers des pratiques singulières, du dessin naturaliste aux illustrations jeunesse, dans une exposition pensée comme un espace de dialogue, d’ancrage local et de partage sensible. Sarah Fouquet revient pour nous sur ce projet.
© Galerie Alexandre à Bernay

Que pourra voir le public lors de cette exposition poétiquement intitulée « Le chant des pissenlits » ? 

Les visiteur·euses pourront voir des dessins prenant pour sujet commun la nature, à la fois histoire de fêter le printemps et la réouverture annuelle de la galerie Alexandre, véritable institution bernayenne.

Cette nature sera l’objet d’interprétations et d’expérimentations graphiques très différentes car nous serons 3 à dialoguer. Entre dessin, peinture et illustration, la nature n’a pas fini de nous inspirer la création d’images à la fois mystérieuses, sensibles et fantasques. Il y aura de grandes planches originales tirées de différents ouvrages jeunesse de Marion Arbona, dont quelques unes de son dernier album « Dodorama », soutenu par une bourse du CNL. César Canet exposera des dessins sur plâtre de son jardin normand qu’il nomme « paésines » en référence aux marbres de Toscane. Et j’exposerai une série inédite d’encres sur papier tendant vers le dessin naturaliste. On espère donc provoquer beaucoup de visites heureuses autant des adultes que du jeune public. 

Quels sont les artistes présents ? Comment s’est formée votre collaboration autour de cette exposition ? 

Nous sommes trois artistes à exposer. Tous trois avons fait nos études aux Arts Déco à Paris, tous trois vivons en Normandie, tous trois publions régulièrement des ouvrages que nous illustrons.

Marion Arbona est, entre autres, illustratrice et autrice de nombreux ouvrages jeunesse aux univers délirants, foisonnants et saturés de couleurs. Et César Canet est, entre autres, un illustrateur hors pair, il vient d’ailleurs de publier un roman graphique avec le soutien de la bourse Fadel, « Lost in transition agroécologique ». Je dis « entre autres », car tous les trois nous avons différentes casquettes comme souvent les artistes-auteur·ices.

Marion est également taxidermiste, avec son compagnon ils œuvrent à Bernay, au sein de leur atelier d’artisanat d’art, La thanatothèque. Et quand à César, il est aussi professeur à l’école d’archi de Rouen et s’investit par exemple beaucoup localement dans le festival « Lisieux en bulles ». De mon côté je suis dessinatrice et enseignante à l’ésam mais suite à une disponibilité je me consacre d’avantage à mon travail personnel de dessin, en plus de mes commandes en illustration.

Tous trois ayant un intérêt réciproque pour le travail des un·es et des autres, nous avions envie de produire quelque chose ensemble, en dehors de la commande éditoriale. En échangeant sur notre travail, sur les points communs à nos démarches et aussi sur ce que nous voulions présenter à la galerie Alexandre, le thème de la nature nous est apparu évident. 

© Marion Arbona

Comment décririez vous votre travail d’artiste visuelle, quelle forme, contenu prend votre œuvre ? 

Mon travail de dessin se consacre depuis longtemps à l’observation du paysage, un paysage souvent vidé de toute présence humaine mais qui en porte les stigmates ; anciens sites industriels, lieux abandonnés, cabanes isolées…

Ce travail a d’ailleurs donné lieu à deux ouvrages dans la collection Carrés pliés des Cahiers du Temps, « Les Usines » en 2022 et « Jardins » en 2023. Le temps qui s’arrête force mon regard. Depuis deux ans j’ai commencé à réaliser des natures mortes, et ma fascination va aux objets et aux éléments naturels abîmés, oubliés, ayant perdu leurs fonctions d’origine le plus souvent. Que ça soit une façade condamnée, une friche renaturée, une feuille morte ou un fossile, j’ai l’impression que notre absence humaine du tableau ne fait que d’avantage résonner ce qui nous entoure.  

Pour cette exposition j’ai voulu focaliser sur les formes de la nature, ce qui produit une série de dessins, à l’encre (mon médium de prédilection), très à part dans mon travail. J’ai toute conscience que la proximité de mes deux camarades y est pour beaucoup. Certains spécimens que j’ai pu dessinés viennent d’ailleurs de la collection de la Thanatothèque. Cette exposition est un véritable un voyage collectif. 

© Sarah Fouquet

Ecologie et travail commun sont au cœur de ce projet, comment parvenez-vous à entretenir cet écosystème sur le territoire normand et plus particulièrement à Bernay ? 

En dehors du choix du thème lui-même qui est de provoquer une attention particulière à la nature, l’écologie réside dans le fait que nous concevons cette exposition ici, là où nous vivons et travaillons. On ne fait pas de la « culture hors sol », nous souhaitons nous enraciner au sens le plus dynamique du terme et participer à la vie locale. Il nous importe de montrer notre travail ici, à nos ami·es, à nos voisin·es, à nos partenaires professionnelles… Nous travaillons avec des médiathèques et des libraires normandes, dont Les livres du Cosnier depuis son ouverture il y a un an, nous fréquentons chaque exposition de la galerie Alexandre et du Musée de Bernay… La pratique artistique peut être très solitaire mais nous avons la possibilité de la rendre ouverte aux autres.

D’ailleurs depuis peu Marion et moi avons créé un atelier collectif avec une amie qui a d’autres activités que les nôtres. L’intelligence artificielle fait grand mal à la création, à nos métiers mais aussi à notre pouvoir d’imagination individuel et collectif, et évidemment à la manière de faire lien ensemble. Fabriquer des images c’est accepter de les partager. Un travail artistique fait à la main que l’on présente matériellement au public, en étant juste là ensemble, garde tout son sens. La création est un phénomène vivant. 

Propos de Sarah Fouquet recueillis par Cindy Mahout

© César Canet

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