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]]>Cette année, cette résidence d’écriture de deux mois bénéficie à l’auteur Christophe Manon. Il est accueilli à l’Abbaye d’Ardenne (14) du 16 décembre 2022 au 5 juin 2023.
Il s’agit d’un livre de poésie, intitulé Élégies mineures, que je conçois comme une « autobiographie commune » dans laquelle la plupart des éléments convoqués sont susceptibles d’appartenir à chacun d’entre nous. Car la mémoire me paraît en effet traversée par des tourbillons d’images, des bribes de phrases, des fragments de rengaines, des lambeaux de souvenirs qui parfois ne sont peut-être pas tout à fait les nôtres, et qui s’inscrivent toutefois dans notre histoire personnelle. Tenter en somme d’écrire une mémoire à la fois singulière et collective, dans « un mouvement qui, selon Georges Perec, partant de soi, va vers les autres », et inversement.
Pour écrire, un auteur a besoin de silence, d’isolement, de tranquillité d’esprit et de temps. Ce qui est rare dans la vie quotidienne et donc très précieux, et que l’on est susceptible de trouver dans le cadre d’une résidence. Cela permet une véritable immersion dans l’écriture pendant une durée relativement longue. Si l’on ajoute que les lieux de résidence sont très souvent situés dans des endroits somptueux, comme ici, à l’abbaye d’Ardenne, à Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, non loin de Caen, c’est une raison supplémentaire d’apprécier ces moments. Il est bon par ailleurs, du moins pour ce qui me concerne, de changer de cadre de vie. L’écriture s’en trouve elle aussi déplacée, d’une façon ou d’une autre, j’en suis convaincu. Dans mes livres par exemple, je crois qu’un lecteur attentif pourrait distinguer des indices climatiques ou des fragments de paysages en rapport avec les espaces où ils ont été écrits.
Je suis particulièrement sujet au doute et à l’appréhension. Seul le travail permet de les lever, du moins partiellement, mais il en engendre nécessairement d’autres. Mais, au fond, cela me paraît tout à fait sain. Je considère que cela fait pleinement partie du processus d’écriture.
Lorsqu’on est en résidence à l’Imec (Institut mémoires de l’édition contemporaine), la plupart des repas sont pris dans une salle commune. Ce sont des moments privilégiés et particulièrement enrichissants qui permettent de faire mieux connaissance avec l’équipe, toujours très chaleureuse et enthousiaste, mais également avec les autres résidentes et résidents. J’ai notamment retrouvé ou rencontré pour la première fois, je tiens à les nommer car leur compagnie a beaucoup compté, par ordre d’apparition comme au cinéma, Charles Robinson, Anouk Lejczyk, Abigail Assor, Omar Youssef Souleimane et Catherine Weinzaepflen. Mais c’est aussi l’occasion de lier connaissance avec des chercheuses et des chercheurs venus du monde entier consulter des archives conservées sur place. Cela donne lieu à des échanges tout à fait passionnants sur des sujets aussi divers par exemple que les écrits de Jean Paulhan, Georges Simenon et le roman noir, la correspondance de James George Frazer, le cinéma d’Alain Resnais ou encore la réception en France de l’œuvre de Varlam Chalamov.
Pour ce qui concerne un moment fort de la résidence, je parlerai brièvement de « Regards croisés », un événement à l’occasion duquel j’ai été invité par le musée des Beaux-Arts de Caen à sélectionner une dizaine d’œuvres dans ses collections afin de concevoir une déambulation en compagnie du public en évoquant certains de mes livres, d’éventuels souvenirs, etc. Je me suis beaucoup investi dans la préparation de cette intervention et j’y ai pris énormément de plaisir.
Porte du Soleil est paru en effet en février aux éditions Verdier. Il s’agit en quelque sorte de la légende dorée d’une banale famille de ritals. Parti à Pérouse, Ombrie, Italie, sur les traces de ses ancêtres, le narrateur s’égare, circule en titubant parmi les œuvres de Giotto, Raphaël, le Pérugin, Pietro Lorenzetti et quelques autres, croisant au passage saints, papes, griffons, anges et martyrs. Ce roman en vers est la chronique d’un séjour au pays des morts, sur les modèles de Virgile et de Dante, un voyage intime et sensible à travers un tissu d’œuvres picturales et littéraires. Au terme de ses pérégrinations, le narrateur conclu que toute quête des origines n’est que vanité destinée à la satisfaction des vivants et qu’il est donc souhaitable de laisser les morts reposer en paix.
Ce livre est le troisième volet d’une trilogie dont les deux premiers, Extrêmes et lumineux (2015) et Pâture de vent (2019), sont également parus aux éditions Verdier. Mais je précise que chacun des volumes est indépendant et peut être lu séparément, c’est important.
Le livre est pour ainsi dire achevé. Je vais donc le laisser reposer un peu avant de le relire attentivement puis, si cette étape ne soulève pas de problème particulier, l’adresser à l’éditeur auquel je le destine.
Propos recueillis par Cindy Mahout
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]]>L’article [Questions à…] Bruno Fern en résidence à la Factorie est apparu en premier sur Perluète.
]]>En parallèle, des ateliers d’écriture et des signatures mettent en avant l’actualité éditoriale des poètes : rencontres scolaires, rencontres en prison et en centre médico-social. C’est donc un cinquième hiver qui met à l’honneur la poésie. Un hiver durant lequel treize poètes bravent la froidure normande et partagent les mots qu’ils ont écrits.
Bruno Fern vit à Caen. Après avoir longuement enseigné en tant que professeur des écoles, il est auteur et critique. Co-directeur des revues littéraires larevue et TXT, il a également animé le cycle de rencontres-lectures ici poésie entre 2001 et 2017 avec Benoit Casas (Editions NOUS) et Alain Roger (Editions Atelier La Feugraie).
Il incarne ses textes en participant à des manifestations en Normandie, à Paris, dans toute la France et en Europe : entre autres, la nuit remue (remue.net), le festival de Brno (République tchèque), le festival MidiMinuitPoésie (Nantes) ou des soirées programmées par la Maison de la Poésie (Paris). En ces occasions, il collabore fréquemment avec des musiciens. Il a notamment enregistré l’album A dans tous les sens avec le guitariste de jazz Guillaume Anseaume.
À ce jour, il est l’auteur de seize ouvrages. Le dernier, dans les roues, est paru aux Editions Louise Bottu. Sa dernière contribution à un ouvrage collectif, Craductions, Pages rosse II, vient de paraitre aux Editions Lurlure. De nombreux textes et notes de lecture figurent d’autre part dans diverses revues imprimées et numériques (Sitaudis, Poezibao, Le Mâche-Laurier, Po&sie…).
Il s’agit d’un livre qui serait constitué de textes écrits à partir de diverses notions grammaticales étudiées dès l’école primaire. Chaque notion permet de structurer formellement le texte et donc de produire ainsi des effets littéraires – par exemple, un texte est uniquement fait de phrases interrogatives, un autre tourne autour des noms propres. Outre le respect de cette contrainte d’écriture, le challenge est de parvenir à ce que chaque texte présente une cohérence et qu’il en soit de même à l’échelle du livre.
Oui.
En raison de sa proximité géographique pour moi qui suis caennais et de son dynamisme dans la région.
En outre, dans le cadre de ce projet précis (« Les poètes n’hibernent pas »), j’ai apprécié la possibilité de rencontrer d’autres écrivains (nous étions huit à être en résidence en même temps) et d’intervenir dans des établissements scolaires.
Cliquer pour visualiser le diaporama.La disponibilité d’esprit que cela procure pour travailler mes textes. L’attention de l’équipe de La Factorie envers mon activité d’écrivain et sa mise en valeur : enregistrements dans le cadre de la constitution d’une bibliothèque sonore, soirée de lecture publique.
J’ai pu retravailler certains textes déjà écrits et en écrire de nouveaux.
Non.
J’ai beaucoup aimé les interventions en milieu scolaire à Canteleu, d’une part à l’école primaire Monet (il faut dire que j’ai été instit pendant 39 ans…), d’autre part au lycée hôtelier Georges Baptiste. Dans les deux établissements, les échanges ont été riches à partir des questions, souvent fondamentales, posées par les élèves – la première en CM2 était : « À quoi sert la poésie ? »
J’ai appris que l’un de mes livres, L’air de rin, figurait sur la liste de l’oral du bac pour les élèves de 1ère que j’ai rencontrés. Par ailleurs, ces derniers ont été très créatifs, s’appropriant pleinement le principe d’écriture de mon dernier livre écrit avec Typhaine Garnier et Christian Prigent, Craductions, paru récemment aux éditions caennaises Lurlure.
Le boucler d’ici quelques mois.
Propos recueillis par Cindy Mahout
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]]>L’article [Questions à…] Élisabeth Combres en résidence à la Lanterne des écrivains est apparu en premier sur Perluète.
]]>Née en 1967 près de Marseille, Élisabeth Combres a vécu à Angers, Paris, Grenoble, Toulouse et Lima, au Pérou. D’abord journaliste indépendante, elle a réalisé des reportages en France, en Amérique latine et en Afrique, puis participé à des enquêtes au Maghreb pour Handicap International. Au début des années 2000, après avoir été rédactrice en chef du magazine « Mikado » (Milan Presse), elle s’est tournée vers l’édition jeunesse. Elle a coécrit avec Florence Thinard plusieurs ouvrages sur la guerre et l’information, avant de se lancer dans l’aventure du roman.
En résidence à la Lanterne des écrivains (Mortagne-au-Perche /61) entre le 4 septembre et le 5 novembre 2022.
Élisabeth Combres est venue travailler à un ouvrage sur les humains et la nature à travers l’Histoire et les sociétés, à destination des enfants et des adolescents. Ce projet sur notre rapport au vivant est au centre des réflexions contemporaines sur la nature et l’écologie. C’est un sujet complexe que l’autrice a à cœur d’expliquer aux enfants et aux adolescents.
Dans cet ouvrage entre philosophie et anthropologie, décryptage du réel et imaginaire, elle souhaite associer différents types de textes : des informations repères, des parties narratives, des questions pour lancer la réflexion.
Le 3 novembre, Élisabeth Combres, a proposé une rencontre « Sensations de nature » à la médiathèque de Pervenchères, autour de la sensibilisation au monde vivant, et à destination d’un jeune public.
J’écris un livre documentaire destiné à un public jeunesse sur les liens entre les humains et le vivant. L’ouvrage tourne autour du mot « nature », se propose de réfléchir à sa polysémie, aux sens qu’il a pris, ou pas, au sein de groupes humains et de sociétés aux modes de pensée et d’existence très contrastés. Pour aller dans toutes les nuances de ces points de vue autres que les nôtres, l’ouvrage sera à la fois informatif et narratif.
Oui, c’était la première, mais sans doute pas la dernière.
J’ai découvert la proposition de résidence de La lanterne des écrivains par hasard, et j’ai aimé ce qui se dégageait du lieu, sur les photos. Le logement est au centre de Mortagne-au-Perche, une ville dont la taille permet facilement des escapades sur les sentiers. Je me suis très vite projetée dans cette proposition de résidence, qui correspondait bien à ma double démarche sur ce livre : à la fois un travail « au bureau », lectures, écoute d’entretiens, écriture, et un travail « en flânant » pour renouer avec ces postures que l’on peut avoir, enfant, dans la nature : tête en l’air, nez dans l’herbe, observateur, rêveur, collectionneur… Et je ne me suis pas trompée : je me suis très vite sentie chez moi dans ce lieu idéal pour écrire.
Cliquer pour visualiser le diaporama.J’ai apprécié de m’extraire pour un temps de mon quotidien et de gagner en concentration, en disponibilité d’esprit, en temps dédié, à toute heure, à mon projet d’écriture.
Elle m’a permis de prendre du recul, de laisser mijoter et se mêler les idées, de trouver des façons inattendues de relier les informations, de présenter certains sujets… Cette résidence a aussi été l’occasion d’expliquer ma démarche, de la mettre en mots et donc à distance, de la regarder autrement. J’ai pu avancer dans mes réflexions par le simple fait de décrire ce qui m’anime à des interlocuteurs attentifs, comme l’ont été les membres de l’association La lanterne des écrivains portée par la belle énergie de sa présidente, Claire Jeantet, mais aussi les responsables des médiathèques de Mortagne-au-Perche et de Pervenchères ou les libraires du Goût des mots, tous acteurs d’un réjouissant microcosme.
Bien sûr, j’avais des doutes, des questions. J’en ai encore. La résidence m’a permis de trouver de premières réponses, et donc de faire apparaître de nouvelles questions, d’ouvrir une nouvelle période d’incertitudes, inconfortable mais féconde, comme c’est le cas après chaque étape importante des projets qui me tiennent à cœur. C’est de cette façon, il me semble, que peuvent se dessiner de nouvelles voies de recherche et de création.
J’ai réalisé un atelier d’écriture sur les sensations liées au vivant, à la médiathèque de Pervenchères, avec l’aide précieuse de sa responsable, Romane Gérard. J’ai pu expérimenter une manière de « faire écrire » en lien avec mon parcours et ma façon d’appréhender le monde, à l’affût des détails qui disent l’étrangeté des êtres et des choses. Lors de cet atelier, les enfants ont pu toucher, sentir, écouter, froisser des feuilles, des plumes, des cailloux, des moisissures et autres trésors, auxquels j’ai ajouté des bandes sonores et des photos glanées au fil de mes balades, pour les amener à changer de regard, à s’autoriser des pas de côté. Je crois fort en l’idée que l’imagination est en lien direct avec le corps, avec nos sens, avec tout ce qui s’inscrit en nous à notre insu.
Lors de l’atelier à Pervenchères, un des enfants est resté longtemps en retrait, puis il a finalement noirci deux pages de petites strophes aux motifs surréalistes. Cette partition étonnante a dessiné un espace foisonnant où ce qui s’était dit, perçu, échangé durant l’atelier était transformé, reconstitué, raconté d’une manière à la fois très personnelle et marquante pour autrui. C’était émouvant de voir cet enfant trouver son geste créatif et de recevoir, dans le même temps, sa vision de mon atelier.
J’ai encore des textes à écrire, dont une partie plus narrative. Et j’ai des ateliers à développer, en lien avec ce rapport au monde, intuitif et sensoriel, que l’on porte tous en nous, mais que le monde moderne et l’âge adulte effacent ou enfouissent si l’on n’y prend pas garde.
Propos recueillis par Cindy Mahout
Ce projet a bénéficié d’un soutien de la DRAC de Normandie et de la Région Normandie au titre du FADEL Normandie.
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]]>L’article [Questions à…] Gregory Buchert en résidence à la Villa la Brugère est apparu en premier sur Perluète.
]]>Son travail artistique a été présenté dans des galeries et de nombreuses institutions françaises et étrangères, notamment au Centre Georges Pompidou, au CRAC Alsace, à Mains d’œuvres/Saint-Ouen, à la Kunsthaus de Bâle (CH), au Festival Loop à Barcelone, à la Motorenhalle de Dresde (DE).
Ses vidéos et ses performances questionnent souvent, avec humour, la notion d’échec. Elles sont nourries de nombreuses références littéraires.
Malakoff, son premier roman, est paru en mars 2020 chez Verticales.
Depuis, il a écrit pour la Villa Cavrois le texte d’une promenade littéraire et sonore : Contremarches en marbre noir de Belgique et autres nouvelles.
La résidence de Gregory Buchert se déroule en deux temps : du 16 mai au 15 juin et du 17 novembre au 16 décembre 2022. Elle est essentiellement consacrée au travail d’écriture de son prochain roman, Gens de la Médiathèque :
« En manque d’idées autant que de mètres carrés, un primo-romancier (possible rémanence de Gregor, narrateur de Malakoff), délocalise quotidiennement son travail d’écriture vers la médiathèque d’une métropole sans nom. Entre deux atermoiements, il observe les habitués souvent précaires qui, comme lui, hantent les salles d’étude en s’inventant une occupation. Cadres fraîchement licenciés, érudits patibulaires, sans-abris, généalogistes ou handicapés mentaux, loin de constituer une fraternité homogène, leur unique point commun est d’attendre chaque jour l’ouverture des portes et de ne repartir qu’après le rappel bienveillant des bibliothécaires. Mêlé à cette communauté de circonstance, le narrateur-spectateur prend note ; son œil navigue, s’interroge, zoome, isole et consigne des faits, des pratiques, des attitudes… »
Cette résidence se fait en partenariat avec la Médiathèque des 7 Lieux à Bayeux qui accueille l’auteur dans le cadre de son projet d’écriture.
Le 14 juin, Gregory Buchert y a fait une rencontre publique qui n’a porté que brièvement sur Malakoff. Il était surtout question du parcours de cet artiste devenu écrivain et de son projet en cours.
Il s’agit d’un second roman, en gestation depuis quelque temps déjà, mais dont la rédaction à proprement parler a débuté à la Villa La Brugère. Il traite de ceux que l’on appelle, en bibliothèque, les séjourneurs, autrement dit des figures sédentaires dont la présence assidue et prolongée contraste avec le va-et-vient des abonnés « lambdas ». Il parlera de la façon dont on peut habiter un lieu, notamment public, en y inventant des usages, vitaux ou poétiques.
En tant qu’auteur, c’est la troisième, après une résidence de trois mois l’an dernier dans les Alpes, avec la Fondation FACIM, et une autre cette année au Lac de Grand Lieu près de Nantes, avec l’association l’Esprit du Lieu. Comme artiste plasticien j’ai eu l’occasion d’en faire sur l’île d’Ouessant, à Pont-Aven ainsi qu’à Malakoff, résidence qui d’ailleurs est l’origine de mon premier roman.
Au gré de leur programmation les résidences forment comme des familles, et beaucoup d’auteurs, d’autrices, d’artistes dont j’aime le travail sont passés par la Villa La Brugère et Route Panoramique : Hélène Gaudy, Philippe Vasset, Jean-Christophe Bailly, Pierre Mercier, Emmanuelle Pireyre, Nicolas Boulard etc. Et puis Marie-Thérèse Champesme, que j’avais eu l’occasion de rencontrer à Lille où je vis, dans le sillage du Fresnoy, m’avait invité à Arromanches il y a deux ans, à parler de mon roman Malakoff.
Je suis arrivé avec une idée de narration, précise, mais qui n’avait encore aucune structure. Ce nouveau projet restait très velléitaire. Alors concrètement, ce mois passé à Arromanches m’a permis d’élaborer un premier plan, une chronologie narrative, d’écrire deux chapitres, d’avancer dans des lectures théoriques, de sociologie notamment, qui viennent nourrir le projet. Ce mois m’a permis de confirmer des intuitions.
En plus de la présence intermittente de Marie-Thérèse Champesme, avec qui nous avons beaucoup dialogué, notamment pour préparer une rencontre aux 7 Lieux à Bayeux, à propos de mon travail, j’ai eu la chance de me trouver en résidence d’abord avec le cinéaste Ronny Trocker, puis avec le photographe Mathieu Lion, deux très belles rencontres, artistiques et humaines.
Le centre d’art comme le livre sont deux volumes blancs qu’il s’agit d’habiter, deux espaces que l’on traverse en y rencontrant des images, des mots, des idées.
Exceptées les questions de conservation et de diffusion, je ne vois finalement pas tant de différences.
C’est une commande qui m’a été passée par le programme des Nouveaux Commanditaires et la Fondation de France. Il s’agit d’accompagner, par la création d’une oeuvre, la démarche d’une poignée d’habitants de la ville d’Ault (en Baie de Somme) qui milite pour la réouverture du phare maritime communal. C’est une création visuelle, une installation, qui touchera à l’éclairage public de la ville. L’œuvre est actuellement en cours de production.
Ce sont des temps de travail et de rencontre très différents. J’aime bien cet extrait d’un tout petit texte de Dominique Noguez (Cinq notes nonchalantes sur le désoeuvrement) : « concevoir sa table de travail comme un piano de cuisinier où cuisent ou bien mitonnent, au four, au bain-marie, sur les plaques, à feu vif ou à feu doux, des travaux de nature et d’échéance différentes. Le plus habituel est une alternance de refroidissements et de réchauffements. Créer, c’est pratiquer l’art du réchauffé (et, souvent, l’art d’accommoder les restes). »
Minimum deux ans de labeur en vue, et je l’espère une suite avec Verticales, la formidable maison qui a publié mon premier roman.
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]]>L’article [Résidence] Cette sacrée rotondité, texte écrit à quatre mains par Emmanuelle Polle et Fanny Chiarello est apparu en premier sur Perluète.
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La chose était simple pourtant. Il s’agissait d’avoir deux cerveaux et de les relier par la pointe d’un stylo. La question de l’encre n’avait pas été posée. Le risque de tache ou de ralentissement du geste par la plume affûtée l’ayant écartée. Le Bic, même si c’était l’invention d’un monsieur, avait été préféré. Deux cerveaux donc pour une seule main tendue. Je ne connais pas la taille de tes phalanges, j’ignore si elles peuvent se juxtaposer aux miennes, mais j’aime la cage de Faraday. L’orage qui tourne, sournois et la petite cage de métal contre laquelle la foudre se casse les dents. La peur, à moins que ce ne soit l’espoir d’une décharge électrique et lumineuse de nos deux mains jointes par la pointe du stylo, m’y fait soudainement songer. L’histoire qui commence n’en est peut-être pas une. Une petite bille alerte attend avant de s’élancer vers ta paume. Elle a besoin d’élan. À vos marques, prêts, partez a dit le chrono de mon cerveau. Roule ma poule a répondu tonton Jacquot.
Débarrasser le corps ou, p. méton., un organe d’impuretés nuisibles à la santé (par une saignée, un clystère, un purgatif). C’est beau, ce mot, clystère, dommage que ça s’administre par voie rectale. Débarrasser un corps d’éléments nuisibles qui l’altèrent. Débarrasser un corps. Se débarrasser du corps. Et l’âme ainsi nue va se purger de ses péchés dans le feu purgatoire, le feu nettoie l’âme comme l’eau les corps – qui a dit que ça devait être crédible ? Il n’y a qu’à voir la chip molle que les curés appellent le corps du Christ. En tout cas, c’est sûr, ce n’est pas l’enfer, juste un mauvais moment à passer – regarde ! Loc. verb. fig. Faire son purgatoire (sur terre/en ce monde). Souffrir beaucoup, subir bien des désagréments. Ces dictionnaires sont des festivals. Crever sa race devient subir bien des désagréments. Mais ça va passer, patience. Tu purges ta peine et après, à toi le paradis. Tu n’en demandais pas tant mais ça se refuse, peut-être ? Pour l’instant, débarrasse le corps.
Quand ça gène, on coupe. Du corps je garde la main, le reste n’est que fumée. Je maintiens entre le pouce, l’index et le majeur la pointe noire du stylo. Son bec est d’argent, du faux, ça brille, ça claque. Je pourrai presque me voir dedans mais ce reflet-là n’a que peu d’intérêt. Débarrasse le corps on a dit. C’est léger un corps qui s’envole, qui s’échappe de l’emprise de l’esprit. Je me demande si ma baguette du restaurant chinois ne se sert pas du même appui triangulaire. Débarrasser et disparaître ce n’est pas la même chose. Tonton Jacquot s’est enfui dans la mer, en poudre. Tous les os ont brûlé, c’est lui qui l’a voulu. Il fallait bien passer à autre chose. C’est ce que je voulais te dire, que l’on se tende vers cette poudre insoluble. Car quand je me baigne, Jacquot est avec moi. Je danse avec lui dans les vagues. Il n’y a plus d’écart entre nos deux corps. Dans tous les cas, il reviendra. L’eau lie.
Les murs étaient trop hauts pour tant de fleurs imprimées, elles en devenaient écrasantes mais sur la photo tout le monde rit orangé par les ans. Maman avait des couettes, quel âge pouvait-elle avoir ? et papa sa moustache guidon, il l’a gardée longtemps. Quand Brigitte dit un petit coup, ça veut dire vite fait ; et l’autre Brigitte, je l’ai toujours entendue dire Qu’est-ce qu’il paraît. Papy dit tout le temps Tout partout, mamie Jamais jamais, en se balançant sur sa chaise tant elle rit, je ne lui ai jamais demandé pourquoi jamais : jamais quoi ? Et tout le monde dit Comme c’est là pour dire sans doute, d’où tirons-nous ça ? Tel est notre idiome, celui que nous emporterons avec nous. Et soudain je respire si mal que les robes de mes grands-mères deviennent floues, leurs motifs fleuris éclaboussent tout comme des pastilles de gouache sous mes yeux. Bientôt, je ne distingue plus que les auréoles ocrées sous les feuilles transparentes.
On a changé d’heure. Le soleil ne sait plus où il en est. Mon œil pas plus. Il se plisse quand il lui fait face. J’aime quand les pastilles rouges font leur apparition sous mes paupières. C’est le signe que je suis au bord. Tout proche. L’instant d’après c’est la nuit sous les cils. Je bascule la tête vers le sol, contente que tu m’aies sortie de la mer. J’y étais depuis trop longtemps, mon corps risquait de se figer. La tête rebascule encore, elle aime qu’on l’abandonne un peu, qu’on lui fiche la paix. Quand elle se stabilise, il fait encore jour. Pas encore de chien ni de loup. Mes pieds sont enfoncés sous les feuilles, je me demande jusqu’où on pourrait bien s’enfouir. Du rêve de disparition dans le grand tas de feuilles, c’est l’odeur qui me retient. La puissance est telle qu’elle m’emprisonne tout à fait. Tu voulais me faire garder les pieds sur terre mais mon nez ne résiste pas à l’automne.
Le liquide amniotique d’abord puis tes fluides tandis que tu cours éperdument, générant ta propre membrane protectrice : l’eau lie, elle rassemble tes morceaux, les tient ensemble comme le ferait une peau. Débarrasse le corps et il revient, opiniâtre. Que tu ruisselles est une bonne nouvelle, le signe que tous tes systèmes fonctionnent, que tu es en vie, sudo ergo sum. Tu t’enveloppes des sucs mêmes qui t’attestent. Sue, tu as tout à y gagner, oui, c’est tout toi ça : gagner – voilà que tu ris, parfait, rideo ergo sum, tiens bon, ça va passer, tu as déjà eu cette impression de ne plus exister. C’était il y a quinze ans, pourtant depuis lors ton corps a sué, ri, s’est mêlé à une dizaine d’autres qui sont en vie quelque part, eux aussi, ailleurs. Quinze ans : un bonus, une manche pour rien, sans compter les points. L’essence même de la vie : passer par là. Être, c’est tout. Sans oublier d’évacuer un fluide gênant, mais qui t’atteste. Purger. Sum ergo sum.
On ne peut pas passer de liquide à solide comme cela. Je dois me modeler de l’intérieur pour pouvoir y parvenir. Vois comme mon corps frétille à l’idée de se transformer. Il aime les états. Tout roule, les épaules font la rumba, la nuque craque de droite à gauche, même les commissures des lèvres sont gaies. Soudain se sentir être. Dans le grand foyer de mon cœur, ça ronronne aimablement. Je suis le feu, je suis cet être tout neuf né pendant la nuit. Je ne savais pas que les petits boudins de mes entrailles allaient si facilement se mouvoir. Les coins de ma bouche s’acheminent vers le haut, ils entendent même rester en cette élévation. D’où vient que l’on se réveille dans le bonheur? L’étoile posée sur mon ventre ne me fait aucunement peur. Je la laisse s’épandre, elle est lente. Elle fouille les plis du corps, elle extirpe tout ce qui est encore le signe de l’hier. Il faut la voir se régaler de mes miasmes. Quel appétit, ça fait plaisir. Mais elle me chatouille, la folle !
D’autant que je ne peux m’empêcher d’y voir aussi le reflet de mon propre automne, et celui de la civilisation où je n’ai jamais été à ma place – jamais, il n’est qu’à me voir faire à l’automne de ma vie le grand nettoyage que d’autres réservent au printemps, mettre à la benne toute la bimbeloterie de mon existence pour me réduire à ma pure essence, épargnant à ceux qui me survivront d’avoir à purger mon empreinte terrestre. Je compile 47 heures de musique, une fraction de ma bande originale, je l’écoute en transe, ne mange ni ne dors, je regarde défiler ma partition raturée, cacophonique graphic score, et je convulse – I can see my lifetime piling up, dit l’une des chansons, c’est bien ce dont il s’agit, et je gis et je convulse. Ce faisant, j’espère faire place nette en moi mais c’est l’inverse qui se produit : j’obtiens un précipité de mon être. Ça me réunit, comme une peau. Ça me resserre la trame, ça me retend les tissus.
Me voilà habillée pour l’hiver. Je déteste ces expressions toutes faites, faire peau neuve en est une autre. N’empêche, il est tentant de s’imaginer avec un masque gluant bien étiré derrière les oreilles, quelque chose de la colle blanchâtre d’une raie granuleuse une fois cuite. De la raie je prends l’élasticité. Pour la place des yeux, on verra plus tard. Il y a chez Thomas Bernhard, cette histoire de têtes interchangeables que l’on pourrait transporter dans un sac. Un sac à têtes à main. Quand on ne peut plus se voir, changement de paradigme, vite une tête en rab. Quand y en a plus y en a encore. C’est l’éternité du plus l’infini, encore cette sacré rotondité. La bille rigole, elle est arrivée à se frayer un chemin. Parfois je m’inquiète pour ma santé mentale. C’est le tissu de l’intérieur, le secret, celui qui ne prend ni l’air ni la lumière. L’autre on peut toujours le chiffonner, le peindre et se retapisser la goule. Car en Normandie on dit « goule ».
Mon petit pied frôle son nez en Super 8 tant je gigote et elle, qui a vu de près mon talon vigoureux, rit en se balançant, je vois ses lèvres former les mots Jamais jamais. J’ai compulsé mes archives comme pour libérer mes fantômes et me libérer d’eux – ma fenêtre est grande ouverte en cette Toussaint venteuse – mais c’est l’inverse qui se produit : désormais, je veux avec rage rendre chair à ces moments qui m’appartiennent. On dit ça, que notre histoire nous appartient et que rien ni personne ne peut nous l’enlever. Conneries. Je suis incarnée, que je sache. Mamie me chatouille, je redécouvre la préhension au sortir du coma, ma fiancée mordille le lobe de mon oreille – c’est ma fiancée, laissez-moi tranquille. Elle n’a pas toujours eu le talon sur ma carotide, vous ne savez pas de quoi vous parlez. Non, je n’ôterai pas la bague, il faudrait me couper le doigt. Dites que je ne sais me purger de rien, dites ce que vous voulez. Mais pitié. Ravalez vos This too shall pass.
Je me moque bien de vos commentaires. Le haut de cœur est là, sans cesse le corps se rappelle à moi. Après l’exaltation de ce matin, l’acidité linéaire de mon œsophage me rappelle à l’ordre. Dépêche-toi. C’est dans ces temps d’inconfort que je peux mieux comprendre les morts. On avait dit qu’on n’en parlerait pas, mais ils finissent toujours par revenir. Ils toquent, ils sont encombrants, je suis contente que tu sois là, à deux c’est moins lourd un cadavre. Veux-tu que je fasse les présentations ? Tu verras ils sont calmes, charmants, joyeux. Ils sont sans matière. On communique par la caresse. Tu te souviens de mon pouce et de mon index, le geste a la même origine. Une petite caresse d’avant en arrière, sur la tranche du doigt. Comme un signal sans rien de messianique mais dont je partage la discrétion avec toi. Dans cet instant, il n’y a plus de mort ou de vivant, il y a la douceur sur la peau et les larmes dans les yeux. Il y a ma voix qui crie au volant de la voiture. Oui, on expulse l’absence.
En Normandie ça se dit goule, comme pour la vampire et quand on y pense, la bouche pourrait être une synecdoque de la vampire même si je sais, merci, que ça ne vient pas de là, peu importe : ce que nous essayons de faire, c’est de générer du sens, pas seulement de révéler des sens cachés. Ah bon ? Mais c’est. J’ai bien dit pas seulement. C’est artificiel, en fait. Comment ça, artificiel ? Générer, créer, ce n’est pas le principe même de la vie ? Je veux dire, tu ne rends pas compte du réel, tu le modifies : ton regard, tes mots le. Tu le modifies en respirant, gars ! Si vous voulez jouer sur les mots. C’est bien plus que ça, c’est. Générer, oui, on a bien compris. Eh, tu t’en vas ? On ne t’a pas entendue de la soirée. Tu emploies tes dernières forces à sourire. Au premier coin de rue, tu pleures comme on vomit, pliée en deux, tu te purges de ton incapacité à être parmi les autres. De nouveau, tu te penses à la deuxième personne. Ça te régénère d’être deux. Tu réinventes la division cellulaire.
Mais tu ne sais même pas compter. C’est malin tes billes mais ça ne va pas très loin. Tu les connais pourtant les ramifications du cerveau, on t’en a assez bassiné des grands nettoyages de printemps et des neurones à ne pas fracasser. On en perd tous les jours. Tu as perdu ton père, puis ta mère, ta tante, puis ton oncle. Je ne parle pas des grands-parents, eux on fait toujours passer leur disparition sur le compte de la normalité, mais attends de voir que tes enfants soient en âge de procréer. Il n’y a pas de droit fil. Il n’y a que des zigzags et des évitements. Ne pas geindre. Ce bruit je ne le supporte pas. La petite voix plaintive qui s’immobiliserait au milieu du gué, très peu pour moi ce genre de beauté. L’œil posé bien au large, je scrute l’horizon. Je suis privilégiée, il est dégagé. À peine quelques îles pour l’entrecouper. C’est par lui que j’ai des nouvelles des absents. Il me dit de rester où je suis, bien fermement. Je respire.
On se purge du vide, comme on purge les radiateurs de l’air afin que l’eau qui lie s’écoule mieux et diffuse sa chaleur. Je me rappelle ce panneau en bordure de friche qui disait Danger présence de vides ; je l’ai photographié pour tourner en dérision ma propension à voir des formules ontologiques partout mais je pense rarement à regarder la photo quand j’en ai besoin. Je devrais la supprimer, supprimer tout ce qui ne sert pas, tout ce qui fait bulle d’air dans l’eau qui lie. Écoute-moi, mon amour : sous tes mains, sous ta bouche, j’étais une nuée d’atomes suspendus en forme de mon corps, j’étais neuve, aphasique, sans mots qui rangent toutes choses à leur place assignée de trop longue mémoire ; avec toi j’étais en devenir, libre comme jamais je ne l’avais été. Mais ton absence fait une bulle d’air dans mon aorte. Tu veux me tuer, mon embolie ? Je lis et relis ma photo – finalement elle me sert, je ne la supprimerai pas, pas encore. Danger, présence de vides.
Ne va pas commencer à chercher à combler. C’est très mauvais pour ta tension. Ton fil bien droit, une belle ligne, redresse. Se fabriquer un nouvel être, au fond du gouffre l’air est pur. Il fouette tranquillement le visage. Il est une barrière naturelle contre l’aspiration du néant. Que tous ces mots sont fatigants. Doit-on vraiment en passer par là ? Je préfère la pâte à gâteaux, sans grumeaux. Celle qui se lisse à la spatule, celle où je glisse mon doigt courbé. Ça, c’est la mixture de l’avenir. Nul autre que moi ne devrait connaître mon goût pour le jour qui s’annonce. Comme elle est belle cette pâte toute légère, comme elle est fraîche, elle ne demande qu’à lever, à se grandir. Ne pas penser que l’on est pour toujours, un seul jour suffit. Avec mon système cellulaire, les ratés sont de courte durée. On peut explorer avec risque ou reproduire avec même. C’est décidé. Je me fabriquerai chaque matin. Je touillerai énergiquement.
Je serai la boule à neige de ma propre expérience terrestre. Déjà me voici toute réunie, resserrée de partout et le cœur calciné par ton absence, nettoyé au feu purgatoire qui est quelque chose comme un lance-flammes à haute pression – me voici qui dérive sans toi, vide et lourde à la fois, dans l’univers en perpétuelle expansion mais je le purgerai. Oui. Je viderai l’univers de son vide, il n’aura plus que la peau sur la peau et alors peut-être serons-nous de nouveau bord à bord comme nous l’étions avant que tu ne découpes ta propre silhouette sur mes photos et que ça me fasse des contours anguleux et de violentes entailles là où tes cheveux étaient épanouis sur ma poitrine, ta main sur ma hanche, ta jambe pliée sur ma cuisse. Je reprends forme et dorénavant je touillerai mais tout restera bien dans le contenant, dans les contours retrouvés – poitrine, hanche et tout. Avec ou sans toi, comme neuve chaque matin.
Emmanuelle Polle / Fanny Chiarello
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]]>L’autrice normande Emmanuelle Polle a déjà été accueillie à Arras, entre novembre et décembre 2021. Dans l’autre sens, Fanny Chiarello posera ses valises en Normandie du 7 février au 6 mai 2022, à Regnéville-sur-Mer (centre de résidence des Fours à Chaux).
Originaire de la Manche, Emmanuelle Polle est autrice de plusieurs ouvrages sur l’art et la mode. En pleine rédaction d’un nouveau roman pour lequel elle a obtenu une bourse de création dans le cadre du FADEL Normandie, mêlant fiction de l’intime et réflexion sur le vêtement, elle a pu en poursuivre l’écriture en résidence à Arras. Dans cette région marquée par l’histoire de l’industrie du textile, elle a pu chercher des réponses à ses questions sur la transmission vestimentaire.
Née en 1974 dans le bassin minier du Pas-de-Calais, Fanny Chiarello a longtemps vécu à Lille avant de retrouver ses racines. Cette autrice, qui n’hésite pas à varier les formes et les univers, publie romans, livres jeunesse et poésie. Cette résidence va nourrir l’écriture d’un roman dans lequel une musicienne expérimentale, après une expérience malheureuse lors d’un enregistrement dans la nature, en vient à se défaire progressivement de tous ses attributs humains pour retourner à la sauvagerie. Une interrogation sur notre rapport à l’animalité.
De nombreuses actions de médiation permettront la rencontre avec le public.
Une soirée de restitution en présence des deux autrices et de nombreux invités clôturera cette résidence le 5 mai à Regnéville-sur-Mer.
Cindy Mahout
En savoir plus sur cette résidence croisée
Écouter en podcast l’interview de Fanny Chiarello sur sa résidence.
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]]>Il est toujours en phase d’écriture. J’ai perdu, il y a quelques mois, toute une partie de mon manuscrit en raison d’un problème informatique. Mais je m’approche pas à pas d’une première version du texte.
Un excellent souvenir : un lieu calme et propice à l’écriture, une ville pleine de charmes, des équipes adorables. Seul regret : que nous n’ayons pas pu, en raison du Covid, proposer quelque chose en duo, Romain Villet et moi, à Regnéville-sur-mer.
Pas de résidence, non, car je bénéficie d’une bourse d’écriture d’un an, qui m’a été accordée par le CNL (Centre National du Livre) pour un projet de roman.
Je leur souhaite d’écrire, bien sûr, mais aussi de faire des découvertes. J’ai découvert le welsh, pour ma part, grâce à cette résidence. J’imagine que Fanny Chiarello, en étant née à Béthune, doit déjà le connaître mais peut-être pas Emmanuelle Polle : si ce n’est pas le cas, je le lui recommande ! Quant à Fanny Chiarello, pour reprendre un titre justement d’Emmanuelle Polle, je lui souhaite de profiter pleinement de cette « nature nourricière » ouverte sur le grand large, à Regnéville-sur-mer. Je leur souhaite tout le meilleur.
Comme souvent, j’ai plusieurs projets d’écriture en même temps sur le feu, avec lesquels je jongle. Et je m’occupe, aussi, de la direction artistique du festival « poésie & davantage », à Alençon, ainsi que de la programmation de « Terres de Paroles », auprès duquel j’interviens comme conseiller littéraire.
J’ai plusieurs livres qui vont sortir durant les prochains mois. Un album jeunesse aux éditions de l’Élan Vert, illustré par Anja Klauss, que j’ai écrit en partant d’un tableau de Mucha. Une anthologie de textes consacrés à la magie, qui sera publiée aux éditions du Mercure de France, dans la collection « Le Goût de ». Et un roman, aussi, qui sortira chez Gallimard dans la collection Blanche
Normandie / Hauts-de-France, Résidence croisée de création littéraire
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]]>“Anaïs Marion parcourt inlassablement les scènes où s’écrit l’Histoire, ces zones de tensions, militaires, sociales ou symboliques, passées ou présentes. Elle enregistre des traces, elle collecte des vestiges, elle achète des souvenirs. Elle agence ensuite ces copies et ces trésors factices. Ses fétiches combinatoires nous invitent à examiner la notion trouble de patrimoine : entre l’idéal universel, l’instrument de pouvoir politique et le produit de consommation, les déplacements sont insidieux.”
(Marc Aufraise, catalogue d’exposition du Prix d’art Robert Schuman 2019)
En 2017, Anaïs Marion a obtenu un DNSEP à l’École européenne supérieure de l’image de Poitiers. Elle a participé à une douzaine d’expositions collectives, y présentant des travaux de nature diverse : photographies, sculptures, collections d’objets, installations, lectures-performances.
Artiste-auteure, Anaïs Marion s’intéresse aux traces des guerres et en collecte des vestiges. Ses enquêtes “allient méthodologie rigoureuse et mise en scène de l’absurde : elles mêlent les rituels du touriste aux gestes de l’archéologue, les manies du collectionneur aux techniques de l’archiviste.”
Elle est venue à la Villa La Brugère à Arromanches-les-Bains (Calvados) pour travailler à un livre hybride, entre récit et essai, documentaire et fiction du 28 mai au 30 juin 2021. Un livre à activer lors de lectures performées.
Je suis venue en résidence à la Villa La Brugère pour reprendre une enquête commencée il y a 5 ans sur les plages du débarquement. Lorsque j’étais venue visiter des lieux de mémoire en Normandie en 2016, j’avais trouvé dans une boutique une munition neutralisée vendue comme un souvenir. Vestige authentique ou produit dérivé, j’ai acheté cette balle de calibre 7,62. Elle a été le point de départ d’une grande réflexion sur les objets de commémoration, notre rapport à l’Histoire, aux armes et à la violence ainsi que les stratégies de narration déployées dans nos lieux de mémoire.
Il s’agissait de ma deuxième résidence en tant qu’auteure. J’avais été accueillie début 2020 pour ma première résidence d’écriture dans le centre d’art Castel Coucou à Forbach (Moselle). Je viens du monde des arts visuels, je suis d’abord plasticienne et ma pratique m’a amené vers l’écriture. Il est parfois difficile de se trouver entre ces deux mondes, la Villa La Brugère offre justement une place à des pratiques polyvalentes.
J’ai sollicité la Villa La Brugère d’abord en raison de sa situation géographique. Pour poursuivre mon projet, j’avais besoin d’être sur les lieux, en prise direct avec les paysages qui me questionnaient. Je voulais y passer du temps, observer les usagers de ce territoire, y ancrer ma réflexion. La Villa donne vue sur la mer, directement sur les vestiges du port artificiel d’Arromanches, ce qui en faisait un lieu idéal (et très agréable) pour y travailler sur ce projet. C’est aussi ce lieu de résidence qui m’a « choisie » : j’ai eu la chance que la Villa me donne la possibilité de le développer.
Le fait d’être en résidence pose un cadre, un espace et un temps dédié au développement d’une réflexion spécifique. C’est extrêmement précieux. En dehors des temps de résidence, il est parfois difficile de se concentrer sur mes recherches, surtout lorsqu’il s’agit de l’écriture. Comme je travaille beaucoup sur des enquêtes, des investigations sur des lieux spécifiques, j’ai aussi besoin de passer du temps sur place. J’apprécie les résidences surtout pour cette raison : pouvoir m’immerger dans un espace qui m’intéresse.
La résidence m’a aidé à me replonger complètement dans un projet laissé dans mes cartons depuis plusieurs années. Passer du temps sur les lieux qui m’intéressaient m’a permis de me rendre compte de certaines incohérences dans le projet initial et donc de réajuster mon idée de départ. Ce temps de résidence a aussi été d’un grand confort pour écrire, sans impératif de restitution, sans deadline, pour prendre le temps de chercher… sans savoir exactement ce que j’allais trouver.
Au contraire ! J’avais plutôt des objectifs précis en arrivant et la résidence est venue bousculer les bases de mon projet. C’est aussi ce qui fait avancer la recherche : les moments de remise en question et de doutes. J’ai découvert des lieux, des informations historiques et des images auxquelles je ne m’attendais pas. En terme d’écriture, j’ai aussi développé de nouvelles formes vers lesquelles je ne serai pas allée sans cette résidence. Cela a finalement été un moment assez introspectif où les doutes ont apporté quelque chose à ma manière de considérer ma pratique, au-delà même de mon projet d’écriture.
J’ai rencontré Rosie : sur des objets-souvenir de boutiques, l’image de cette affiche de propagande qui montre une femme en bleu de travail, coiffée d’un bandana rouge, qui montre le muscle saillant de son bras, poing fermé, sous le slogan « We can do it! ». Cette image a totalement modifié mon projet. Je la connaissais comme une icône féministe, j’ai découvert qu’elle était l’incarnation des milliers de femmes qui ont travaillé dans les usines d’armement pendant la Seconde Guerre mondiale. Je me suis alors intéressée à toutes ces femmes dont je n’avais jamais entendu parler. Rosie aurait pu fabriquer la munition que j’avais trouvé 5 ans plus tôt. Elle a totalement changé mon projet 7,62.
Le week-end du 6 juin a été un moment très fort pour moi. Je travaille depuis des années sur la mémoire collective et je n’avais jamais eu l’occasion d’être présente au moment des commémorations du débarquement. J’en ai pris plein les yeux. Paraît-il, pas autant que les années précédentes en raison de la crise sanitaire. Mais pouvoir observer les différents événements organisés par le « Festival D-Day » et comment le public s’approprie la chose a vraiment été très riche.
J’ai rassemblé tous les matériaux, ceux que je cherchais mais aussi ceux que je ne cherchais pas. J’ai structuré ma pensée et commencé à rédiger. Il ne reste plus qu’à continuer sur cette lancée ! Je vais laisser un peu reposer le travail effectué pendant ma résidence, puis j’y reviendrai très prochainement. 7,62 deviendra une sorte d’essai-fiction à la première personne qui intégrera probablement quelques images, photographies d’objets trouvés, au fil du texte. Ce livre à venir fera aussi sûrement l’objet d’une lecture-performance.
Propos recueillis par Cindy Mahout
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]]>L’article [Questions à…] Coline Pierré en résidence à Bernay Terres de Normandie est apparu en premier sur Perluète.
]]>Coline Pierré est née en 1987. Elle a grandi en Alsace, a vécu dans différentes villes et habite aujourd’hui à Nantes. Elle a publié son premier roman (pour enfants) en 2013.
Elle écrit des romans, des albums et des nouvelles pour les enfants, les adolescents et les adultes et publie chez de nombreux éditeurs : Le Rouergue jeunesse, L’école des loisirs, Flammarion, Poulpe Fictions, Mango, La Plage… Elle a également publié un essai sur la fiction et les fins heureuses en littérature et au cinéma, intitulé Éloge des fins heureuses. Elle travaille régulièrement en collaboration avec d’autres écrivain.es ou dessinatrices. Pour la scène, elle créée, lit et met parfois en musique des lectures musicales, dessinées, performées… en duo ou en trio avec d’autres artistes. Son travail s’intéresse notamment à la question du langage, à l’écologie, aux animaux, au féminisme, au rapport que tissent réel et imagination, à la puissance politique de l’invention.
Avec son complice Martin Page, elle mène parfois des projets un peu fous, comme la création de Monstrograph, un laboratoire d’édition qui publie des livres dessinés à la main, de petits essais iconoclastes et des ouvrages collectifs qui interrogent les conditions de vie et de travail des artistes aujourd’hui.
Dans le cadre de son projet culturel de territoire, l’Intercom Bernay Terres de Normandie porte, depuis 3 ans, la production d’un conte musical à destination des scolaires et du tout public. Cette résidence pluridisciplinaire de 3 artistes (un compositeur, un écrivain et un plasticien), a été renouvelée pour l’année scolaire 2020/2021.
La résidence est d’une durée de 4 semaines réparties entre septembre 2020 et juin 2021.
Pensée comme un projet novateur qui favorise la transversalité entre les différents arts, cette résidence a pour vocation de créer les conditions d’une rencontre entre les professionnels et les différents publics. Elle s’inscrit dans une démarche à la fois pédagogique et culturelle et repose sur le lien fort entre l’équipe résidente et le public.
C’est une résidence en trio, avec un compositeur (Thomas Nguyen) et une plasticienne (Edel Truda). Nous avons chacun répondu à un appel à candidature, ne nous connaissions pas et avions pour objectif de créer ensemble un conte musical, en partenariat avec trois classes des écoles de l’intercom de Bernay et avec le conservatoire. Yuko, un loup à pas de contes, est donc né de nos discussions et de nos envies communes. Il met en scène un jeune loup à qui ses parents annoncent qu’il doit se trouver un conte pour se mettre à l’abri. Il part donc à la recherche de son histoire et croise en chemin de nombreux personnages qui tentent tous de l’influencer ou de l’entraîner dans leur conte.
J’ai déjà été en résidence au Chalet Mauriac (Aquitaine) en 2015, elle était consacrée à l’écriture d’un roman jeunesse. C’est la première résidence que je fais qui a pour objet une commande d’écriture et une création collective.
Je l’ai choisi d’une part pour le projet de création (conte musical en trio) autour duquel la résidence s’articulait, qui m’intéressait énormément pour les liens entre les disciplines, le travail collectif, le spectacle vivant. Mais ce projet de résidence m’intéressait aussi pour la possibilité de s’ancrer sur un territoire que je ne connaissais pas, d’en découvrir les spécificités, de travailler localement avec les élèves des écoles et les artistes du territoire (le conte a été interprété par des musiciens/enseignants du Conservatoire et une comédienne, tous en lien avec le territoire).
D’un part le fait de consacrer un temps privilégié à un projet particulier. Qu’il s’agisse d’une texte personnel ou d’une création de « commande », la résidence permet l’immersion complète dans un travail, c’est un temps à part.
D’autre part, dans ce projet, j’ai apprécié aussi tout particulièrement la possibilité de travailler à plusieurs, d’expérimenter une nouvelle forme, de dialoguer avec d’autres disciplines artistiques et avec d’autres artistes.
Durant les temps de résidence, j’ai pu dialoguer et travailler avec la plasticienne et le compositeur avec qui nous avons créé ce projet, mais également rencontrer les élèves des trois écoles qui ont participé à l’écriture du conte.
Avec les classes, il y a eu un premier temps de rencontre / création d’une performance improvisée et participative en trio, un second temps d’écriture en février, et un troisième consacré à la mise en voix d’une scène du conte et à l’échange autour du projet. Le dernier temps de résidence (juin) a été celui des restitutions du spectacle (auxquelles les écoles et le grand public ont pu assister).
C’était une véritable bulle d’air et d’espoir ! Nous avons donc vécu la résidence dans des situations très diverses, car nous sommes venus en novembre sous confinement (avec ouverture des écoles), en février sous couvre-feu, puis nous avons décalé notre venue d’avril pour cause de confinement, et terminé en mai et en juin. Continuer à se projeter dans une création pour la scène à une période où les théâtres étaient fermés depuis des mois, c’était une sorte de pari sur l’avenir, qui était particulièrement bienvenu. Je crois que nous sommes tous très heureux d’avoir réussi à mener ce projet à bien, en particulier d’avoir pu faire des représentations en public (ce n’était pas gagné).
La première des huit représentations du spectacle a eu lieu le 17 juin au matin, et elle était réservée aux trois classes qui ont participé au projet. Les enfants avaient appris en classe les paroles de la chanson qui revient à plusieurs reprises dans le conte. Cette première représentation était non seulement émouvante car c’était la première, mais quand la soixante-dizaine d’enfants présents s’est mise à chanter spontanément le refrain en choeur, ça a été un grand moment d’émotion.
Le spectacle est désormais créé, nous espérons qu’il va pouvoir continuer sa vie, en le montant ailleurs et/ou en le faisant éditer en version livre-cd dans une maison d’édition spécialisée dans ce format. Les 8 représentations ayant été filmées, il existera également d’ici quelques mois une captation vidéo du spectacle.
Propos recueillis en juin 2021 par Cindy Mahout
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